GOYA, peintre de la modernité

par Alain Lavelle                                                     

 

Du 8 novembre 2019 au 10 Février 2020, le musée des Beaux-Arts d’Agen a présenté une exposition sur l’œuvre de Francisco de Goya y Lucientes (Fuendetodos, Saragosse 1746-Bordeaux 1828).

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Vue du musée des Jacobins à Agen

Je me suis rendu à Agen fin janvier 2020 et j’ai pu admirer un échantillon d’œuvres originales qui mettaient en valeur la diversité de son talent.

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Fils d’un artisan décorateur, connu d’abord en tant que graveur, il put totalement exprimer son art en tant que peintre. Artiste ambitieux, à la personnalité hors normes et novateur, il privilégiait avec réalisme et sarcasme le physique et les travers des Espagnols.

 

 

 

 

Prenant ses distances avec l’académisme, imposant une modernité picturale s’inspirant du mouvement maniériste, et libérée de toute entrave, il fait évoluer dans un esprit créatif la matière, les formes, les couleurs et le dessin.

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Maria Teresa Vallabriga à cheval

 

La Ganaderia
La Ganaderia (élevage de taureaux)

Il ne cherchait pas « la perfection, l’exactitude des proportions, l’harmonie des couleurs ou la réalité de l’espace ». Ses motifs mettaient en valeur des situations et des personnalités dans leur crudité, leur laideur, leur crispation et l’expression de leur souffrance.

Son activité de portraitiste n’épargnait ni la famille royale ni la haute société. Les modèles représentés montraient une rigidité inquiétante et les failles psychologiques de toutes les couches de la société.

femme à l'éventail
Femme à l’éventail
les peintures noires
La comtesse del Carpio
Portrait équestre de Ferdinand VII (esquisse)
Portrait équestre de Ferdinand VII (esquisse)

Il peignait de façon récurrente les scènes de folie, de fanatisme, de sorcellerie, de guerre et même de supplice.

La mère et les deux enfants
Une mère et ses deux enfants

 

 

 

 

Sa sensibilité affective pour la vie du petit peuple et ses comportements pittoresques extériorisait une tendresse vivante, loin du cérémonial emprunté de la noblesse.

 

La porteuse d'eau
La porteuse d’eau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Accepté au début par l’Eglise et la Cour (Premier peintre de la Cour en 1799), puis ébranlé par l’horreur des guerres napoléoniennes et la répression féroce qu’elles engendrèrent, craignant le rétablissement du roi Ferdinand VII en 1813 et la menace de l’Inquisition, il choisit de s’exiler en France.

Saint François de Borgia aidant un mourant
Saint Francis de Borgia aidant un mourant

 

Procession-In-Valencia
Procession à Valencia
Apparition de la Vierge du Pilier
Apparition de la Vierge du Pilier à Saint Jacques

Il s’établit à Bordeaux en 1824 avec sa compagne Léocadia Weiss. En vieillissant, sa surdité qui remontait à 1792 s’aggrava et l’handicapa de plus en plus ; c’est au cours de cette période qu’il peindra les fameuses « peintures noires ».

Le grand bouc
Le grand bouc

Artiste pertinent, au fil des années il dénonça avec liberté « la bestialité, la vanité et la mesquinerie » des hommes, manifestant ainsi sa vision tragique de l’humanité et son angoisse existentielle.

Les disparates
Le niais (série Les Disparates)
Le garot
Le garot

Goya, peintre connu mais sous-estimé, ne suscite plus le même engouement qu’au XIXe siècle. Pourtant son influence est palpable sur des grands noms de la peinture tels que Eugène Delacroix, Edouard Manet, Pablo Picasso…

Préférant « le Monde de vérité » au monde de l’apparence corseté, il abolit une reproduction faussée de la réalité. La beauté trop savamment orchestrée n’est qu’une pâle figure du réel.

La duchesse d'Albe
La duchesse d’Albe

Certes on peut parler d’une interprétation personnelle de l’artiste des sujets et des situations reproduites, mais elle a le mérite de créer des tableaux qui ne travestissent pas l’authenticité de ses personnages et des décors dans lesquels ils évoluent. Il ne déconstruit pas ce qu’il observe, au contraire, il donne une vision esthétique cruelle du milieu qui l’entoure. « Chercheur de vérité », révélant l’essence des êtres, il ne triche pas et ne se perd pas dans un traditionalisme fallacieux. Ni l’illusion, ni la tromperie appartiennent à son art.

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Jusqu’à la mort (Série Caprichos)

Ses œuvres peuvent dévoiler l’ambiguïté des âmes, mais en aucun cas ne s’égarent dans une métaphysique de la conformité bien-pensante. Pour nous en persuader, regardons attentivement les toiles et les gravures exposées à l’espace de l’église des Jacobins à Agen. Goya a très bien saisi les forces du Bien et du Mal. Son discours visuel soit les oppose soit les fait cohabiter. Dans un langage universel pictural, comme le souligne le guide de visite, « sans faire de distinctions entre les générations, les classes sociales, les privilégiés au pouvoir ou les miséreux des villes ou des campagnes, il salue les « bons » et conspue ou se moque des « méchants » là où il les découvre, surtout désespérés par les violences de la guerre. »

Madrid 2 Mai 1808
Madrid  2 Mai 1808
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Série Les désastres de la guerre

 

La guerre d'Espagne
La guerre d’Espagne

Ses tapisseries, gravures et tableaux sont non seulement un voyage artistique à travers un pays et une époque mais surtout restent d’actualité. Fondamentalement, les expressions et les attitudes ne changent pas d’un siècle à l’autre. Les planches de tauromachie mettant face à face le taureau et le toréador, la porteuse d’eau au regard et au maintien assuré, la folie du niais, la messe des relevailles avec ses ombres et ses lumières, le garrot exprimant la souffrance du supplicié, le mendiant famélique tendant son chapeau, la sauvagerie des désastres de la guerre, la procession à Valence sous un ciel orageux, Majas et Célestine au balcon en conciliabule exhibant leurs parures, jusqu’à la mort où on voit une vieille femme s’acharnant à reconstituer une beauté à jamais disparue… sont autant d’œuvres révélatrices du génie de Goya. Toutes ces toiles et celles que je n’ai pas citées sont un témoignage de sa riposte émotionnelle et la manifestation de sa pensée révolutionnaire et libérale.

les Majas au balcon
Les Majas au balcon (Série Les Majas)
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Série Les Majas

 

 

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Taureaux
Tauromachie 3° état

 

 

 

 

 

 

 

 

L’exposition des Jacobins à Agen, aussi intéressante soit-elle ne représente qu’une infime partie de l’oeuvre de Goya, aussi, je vous propose de prolonger le voyage en découvrant d’autres tableaux exprimant la diversité des thèmes abordés.

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5 commentaires sur “GOYA, peintre de la modernité

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  1. Personnellement, je n’aime guère la peinture de Goya, même si je suis admirative de son talent. Son côté classique m’ennuie un peu et nombre de ses dessins me dérangent par leur côté cru et excessif. Cependant, pour avoir pris le temps de regarder attentivement nombre de ses dessins, je suis impressionnée par le côté parfois « journalistique » de ses œuvres. Goya, à travers son art a su dénoncer courageusement beaucoup des travers de la société (la guerre, la torture, la pédophilie, la cruauté …) et cet aspect là du personnage m’impose du respect.

    Aimé par 2 personnes

  2. Je ne suis pas une adepte en général des peintres de cette époque car je trouve leurs œuvres souvent tristes, dures, sombres mais je dois reconnaître le talent de Goya qui a su peindre la réalité de son temps et sa peinture a inspiré de nombreux artistes par la suite.
    Merci Alain.

    Aimé par 3 personnes

  3. Je me joins aux deux commentaires précédents pour avouer que Goya n’est sans doute pas le peintre que je préfère. Cependant je m’incline devant l’immense talent de cet artiste qui dans certaines peintures nous « jette à la face » la réalité de son époque, aussi dure, brutale et cruelle fût-elle. A la vue de ses tableaux très réalistes nous prenons pleinement conscience que le peintre ne tenait pas forcément à plaire, mais souvent plutôt à porter témoignage et à mettre au pilori des pratiques et des horreurs de son temps qui le révoltaient. Merci à Alain pour cet article fort intéressant qui met en relief maintes facettes de l’œuvre de Goya dont la valeur reste indubitable.

    Aimé par 3 personnes

  4. Merci Alain pour cette parfaite visite
    Goya ne m’inspire guère, trop triste , peut-être trop réaliste en son temps… mais j’avoue par cette lecture avoir pu compléter quelques lacunes
    Mes préférences vont plutôt vers les coloristes

    Aimé par 2 personnes

  5. Cher Alain, tu as réussi à nous faire partager tes impressions sur ce peintre trop méconnu et mal compris aujourd’hui. Pourtant les visiteurs étaient très nombreux le 9 février, veille de la fin de l’exposition d’Agen (j’y étais) : ce succès se justifie par la qualité et la diversité des œuvres réunies mais aussi par l’universalité, l’humanité des thèmes abordés par GOYA,

    Son talent, sa sincérité et son courage sautent aux yeux, comme en témoignent, pour l’époque, l’audace du tableau « Maja nue » et la criante vérité de cette dame âgée devant son miroir : « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle. »

    Aimé par 1 personne

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