Un sourire sur la pierre

 

par Alain MICHEL                                       

 

Deuxième partie

 

Les monuments majeurs :

Parmi les constructions les plus marquantes de cette période, se distingue le temple du Banteay srei, le véritable joyau de l’art khmer du Xème siècle.

Photo I bis

On ne doit pas ce chef-d’œuvre  à un roi mais à un riche brahmane précepteur de princes.

Le temple montagne étant un apanage royal, il fit exécuter ce sanctuaire dédié à Shiva comme un temple à plat mais de petite taille.

La richesse et le raffinement de sa décoration atteignirent un niveau de perfection qui ne fut jamais été égalé par la suite.

Ce temple fut le seul à être construit en grès rose dont la couleur et la texture très fine resteront uniques sur tout le site d’Angkor. La totalité des murs des sanctuaires, pavillons, pilastres et linteaux ont été ciselés en contre-dépouille de détails si minutieux qu’ils font penser à une véritable dentelle de pierre.

On peut y admirer les premières représentations en hauts-reliefs de l’époque angkorienne de magnifiques devatas au sourire juste esquissé rompant avec l’allure hiératique des idoles des autres temples de l’époque.

Les frontons des bibliothèques, des portes et des sanctuaires sont décorés de sculptures représentant pour la première fois des histoires légendaires issues de la mythologie hindoue.

Photo III bis

La réalisation la plus emblématique du génie bâtisseur khmer est Angkor Wat, le complexe le plus célèbre du Cambodge.

Photo IV bis

Ce temple est la construction la plus monumentale du site archéologique et la mieux conservée.

Ce chef-d’œuvre, d’un équilibre et d’une symétrie parfaite, symbolise à lui seul l’apogée de l’art khmer.

Les artistes portèrent alors à la perfection les normes dont ils avaient hérité, vieilles de plusieurs siècles d’hindouisme.

Edifié par le roi Suryavarman II au début du XIIème siècle et consacré à Vishnu sa construction durera 40 ans.

Ce temple est un des lieux du monde où les hommes ont le plus cumulé de pierres pour une construction depuis les pyramides d’Egypte .

Afin de bâtir cet ouvrage titanesque, plus de dix millions de blocs de pierre furent transportés depuis les carrières des monts Kulen jusque sur le site.

Angkor Wat est une réplique de l’univers où l’eau des douves représente l’océan cosmique et les cinq tours des sanctuaires en forme de boutons de lotus, le mythique mont Meru où résident les dieux.

Des murs de l’enceinte extérieure aux sommets des sanctuaires, trois étages de galeries immenses sont bordées de balustres ciselés laissant filtrer la lumière .

Sur tous les murs de ces galeries des bas-reliefs racontent à l’infini les épopées légendaires des héros Rama et Krishna avec leurs combats, leur bestiaire fantastique, leurs dieux, leurs avatars et leurs démons.

Photo V bis

Photo V ter

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Près de deux mille apsaras et devatas sont ciselées sur ses murs, chacune représentant une œuvre unique, se distinguant par l’infinie variété de leurs costumes, de leurs parures et de leurs attitudes.

Photo VI bis

Photo VII bis

Photo VII ter

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La deuxième moitié du XIIème siècle sera marquée par l’avènement du roi Jayavarman VII, monarque absolu et conquérant qui jouera un rôle déterminant dans l’évolution d’Angkor.

Adepte du bouddhisme Mahayana il va imposer un syncrétisme religieux entre le brahmanisme et le bouddhisme comme religion d’état.

Ce roi bâtisseur construisit la cité royale d’Angkor Thom sous la forme d’un carré de trois kilomètres de côté  et entourée d’un rempart de huit mètres de haut bordé par des douves de cent mètres de largeur.

Photo VIII bis

Au centre de la ville il fera construire son chef-d’œuvre,  le temple du Bayon, le dernier des temples-montagnes du site d’Angkor.

Photo IX bis

 

Photo X bis

L’exceptionnelle richesse de sa décoration témoigne de l’apogée de l’art bouddhique.

N’étant plus bridés par les règles sacrées pour l’exécution des images de divinités hindoues les sculpteurs donnèrent libre cours à une créativité plus profane.

Les hauts-reliefs d’apsaras aux visages expressifs animent les murs des temples et les bas -reliefs célèbrent les victoires militaires du roi mais aussi dépeignent les scènes de la vie populaire.

Photo XI bis 1

Photo XI ter

 

 

 

 

 

 

Pour l’histoire et pour sa légende il s’était identifié au Bodhisattva Avalokiteshvara , le bouddha de la compassion venu s’incarner sur la terre pour le bien de tous les êtres vivants .

Il le fit représenter sous ses propres traits sur les 54 tours à 4 faces du temple du Bayon au centre de la ville d’Angkor Thom et sur les 5 portes monumentales d’entrée qui percent les murailles d’enceinte.

Photo XII bis

Les tours sanctuaires ont ainsi sur leurs 4 faces le visage unissant le personnage divin au roi divinisé. Chaque expression du visage, grave, méditatif ou souriant, les yeux ouverts ou mi-clos devait irradier aux 4 points cardinaux les 4 vertus fondamentales du bouddhisme, à savoir l’équanimité, la sympathie, la compassion et la bienveillance.

Le sourire aux yeux mi-clos indiquait la béatitude et l’harmonie intérieure, l’idéal du détachement dans la sagesse bouddhiste.

Photo tête

Ce sourire éternel se retrouve également figé sur les visages des innombrables statues des apsaras et de devatas qui décorent les murs et les bas-reliefs des temples. Leurs visages recueillis comme dans la contemplation d’une vie intérieure invitent avec douceur le visiteur à suivre le chemin vers la béatitude.

 

Il fit également construire en périphérie de la ville le temple du Ta Prohm en l’honneur de sa mère et le temple du Préah Khan en l’honneur de son père. Ces deux temples abritèrent d’importants monastères et universités bouddhistes.

Photo XV bis

Photo XVI bis

 

 

 

 

9 commentaires sur “Un sourire sur la pierre

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  1. J’attendais cette 2e partie et je ne suis pas déçue !

    D’abord 3 questions :
    – quelle histoire mythologique raconte la 3e photo ?
    – quelle pierre est utilisée en dehors du grès rose du temple le plus ancien ?
    – sur 2 photos, l’enfilade des portes a-t-elle une signification symbolique ?

    Ensuite, 2 rapprochements :
    – avec l’Egypte ancienne d’une époque bien antérieure : le gigantisme, les scènes de vie ?
    – avec l’art roman du 9e au 12e s donc contemporain : la narration sculptée, la sérénité des lieux ?

    Merci pour tes photos remarquables, Alain.

    Il ne me reste plus qu’à attendre tes réponses et la 3e partie !

    Aimé par 2 personnes

  2. De la danse, des sourires, pas un soldat, pas une bataille!
    Et on regrettera, de façon fort naïve il est brai, que cette civilisation ait disparu,
    ….pour faire place, à une époque toute récente, à celle des Kmers rouges qui ont bien failli éliminer la totalité de leur propre peuple.
    Merci Alain de nous avoir permis de nous replonger, avec de très belles illustrations, dans ce qui devait ressembler alors à un véritable Eden.

    Aimé par 3 personnes

  3. Merci Danielle pour tes commentaires et tes questions auxquelles je vais essayer de répondre :

    1/L’histoire sur le bas relief est un épisode du Mahabharata : » l’incendie de la forêt de Khandava »
    de haut en bas :
    -Indra le dieu du ciel déverse des torrents d’eau pour éteindre l’incendie( les ondulations)
    -un bouclier de flèches lancées par Arjuna et Krishna empêche l’eau de tomber.
    – les animaux de la forêt et ses habitants cherchent à fuir l’incendie
    – Arjuna l’archer divin et Krishna sur leurs chars bloquent les issues

    2/La pierre utilisée principalement est un gres de couleur grise qui prend une couleur dorée au soleil couchant.
    A l’origine les murs des temples étaient recouverts d’un enduit blanc et les sculptures rehaussées de couleur rouge et bleue;Les tours des sanctuaires étaient recouvertes de feuilles d’or.

    3/Les enfilades de portes et de galeries ont effectivement une signification symbolique :
    les temples khmers sont construits sur le modèle de mandalas géants construits autour de la structure centrale
    qui abrite la statue de la divinité principale souvent placée sous un puits de lumière naturelle.
    Les architectes utilisaient la technique de la réduction proportionnelle pour accentuer l’effet de perspective.
    Ainsi les dimensions des portes étaient réduites au fur et à mesure que l’on s’approchait du sanctuaire.
    L’effet était accentué par l’obscurité des lieux et la lumière qui jaillissait du sanctuaire.
    on peux supposer que chaque porte à franchir représentait les différentes vies nécessaires ou les qualités qu’il fallait acquérir pour parvenir au Nirvana.

    Aimé par 4 personnes

  4. merci Daniel pour ton commentaire , hélas au risque de te décevoir cette période a malheureusement connu elle aussi d’incessantes guerres d’invasion et de reconquêtes avec les royaumes voisins du Champa et du Siam avec leur lot de malheurs, destructions ,pillages, déportation de population et mise en esclavage;
    L’histoire du peuple khmer est une longue suite de tragédies dont la dernière que tu mentionnes justement avec le régime des khmers rouges et le génocide de plus de 2 millions de personnes.

    Aimé par 4 personnes

  5. Ces temples sont de magnifiques œuvres d’art qui expriment l’essence d’une grande civilisation. Le texte est clair et compréhensible en dépit de la complexité de la pensée bouddhiste et des concepts hindouiste. Comme dans la première partie les photos sont d’une grande qualité.

    Aimé par 3 personnes

  6. BRAVO Alain pour ces deux articles.
    Le texte clair et les photos magnifiques sont une invitation à partager ta passion et à découvrir la richesse de cette civilisation.

    Aimé par 3 personnes

  7. Dans cette période si particulière cet article permet de s évader dans une grande civilisation .la qualité des photos nous permet d imaginer aisément cette région .
    Merci

    Aimé par 3 personnes

  8. Comme dans la première partie de cet article, le lecteur est immédiatement happé et subjugué par l’atmosphère magique qu’émane Angkor. Cette civilisation, peu connue des Occidentaux, est mise à notre portée de façon magnifique par Alain. Le détail des commentaires et la beauté des photos nous permettent de bien en imaginer la culture impressionnante et en comprendre l’architecture si riche. Un grand merci, Alain, et chapeau bas pour ce splendide travail!

    Aimé par 2 personnes

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