Les relations d’une famille dispersée dans le monde

d’après dix lettres authentiques du XVIIIème  

Première Partie

 

Par Danielle Morau                                  

 

La correspondance de Madame de Sévigné au XVIIème siècle et celle de Voltaire au XVIIIème siècle nous émerveillent. Mais il est un autre type de courrier : dix lettres écrites entre 1730 et 1761 par un capitaine de navire, sa mère, son oncle, un cousin et un prêtre ont été retrouvées dans un dossier notarial successoral à La Réunion. Leur qualité est inégale mais elles sont toutes des témoignages émouvants de la difficulté de maintenir des liens familiaux au XVIIIème siècle, surtout si la famille est dispersée en Guadeloupe, en France et sur l’Île Bourbon (aujourd’hui, La Réunion).

Retraçons l’histoire de cette famille pour mieux apprécier ensuite le contenu de ces dix lettres.

Que sonnent les cloches de l’église de Gennes, entre Angers et Saumur, pour annoncer le mariage de Pierre Moreau et de Jeanne du Vau, en ce dimanche 16 août 1654 !

Capture acte de mariage
Du dimanche seizième jour d’aoust 1654 jay délivré certificat à Pierre Moreaux et à Jeanne du Vau fille légitime de cette paroisse pour falloir espouzer au Vicariat de St Nicolas de la genevraye par moy curé soubsigné et ledit moreau signe

Au fil des archives, on retrouve François, âgé de 41 ans, à Nantes où il se marie en 1696 avec Marie de Fresnes, 21 ans, fille unique d’un drapier.

François Moreau est déclaré « absent aux isles » sur plusieurs actes de baptême de ses enfants, il fait donc des aller-retour entre les colonies du Royaume de Louis XIV et Nantes, grand port commercial de l’époque. En 1701, Bertrand, quatrième enfant du couple, est le dernier retrouvé sur le registre paroissial de l’église Saint-Nicolas de Nantes. C’est donc sans doute vers 1702 que François fait venir sa famille en Guadeloupe et l’installe à Basse-Terre. Huit autres enfants naissent sur l’île.

François décède en 1720 ; Marie se retrouve seule pour élever les neuf enfants qui lui restent. Puis la famille se disperse : le fils aîné François part en Guyane ; Bertrand s’installe en 1726 sur l’Ile Bourbon ; la fille aînée Catherine se marie avec un Conseiller du Roi et part vivre à Blaye, en France. En 1730, il ne reste à Basse-Terre, près de leur mère, « que » quatre fils et deux filles !

Bertrand se marie à l’île Bourbon et y fait souche. L’auteure du présent article épousera, bien des années plus tard, l’un de ses descendants, Jacques Morau, puis se passionnera pour l’histoire généalogique de sa belle-famille. D’archive en archive, ce sont des échappées dans le temps, mais aussi l’occasion de beaux voyages pour faire les recherches dans les Archives Départementales. La piste de Bertrand menait donc vers la Guadeloupe mais, les archives n’étant pas encore mises en ligne sur Internet, il a fallu se rendre sur place à Basse-Terre, en janvier 2010. Les recherches se révélèrent très fructueuses. Non seulement la piste a été remontée jusqu’à Saint-Nicolas de Nantes, mais surtout, dans une revue de généalogie locale feuilletée par hasard, un article attira l’attention de Jacques Morau. Il relatait l’existence de dix lettres adressées précisément à … Bertrand Morau. Il suffisait de s’adresser aux Archives Départementales de La Réunion pour s’en procurer une copie !

Ce fut une immense surprise puis une grande joie, à leur lecture, d’avoir ainsi un aperçu de la vie de ces ancêtres.

Les lettres s’échelonnent de 1730 à 1761. Une lettre a été écrite par le Père Duboys, prêtre à la Guadeloupe ; une lettre par le cousin Dusoul, commerçant de Nantes ; une lettre par l’un des frères, Baptiste, armateur et sucrier à la Guadeloupe ; trois lettres par l’une des sœurs, Catherine, veuve Audoir, habitant en Gironde ; quatre lettres par le fils de Catherine, Joseph Audoir, capitaine de navire.

Les sujets abordés sont essentiellement familiaux : l’hébergement d’un fils de Bertrand par Catherine, les demandes d’aide financière de Catherine et de son fils Joseph, les nouvelles des membres de la famille. Il est souvent fait mention des difficultés rencontrées pour la circulation des missives à travers les océans.

Un autre sujet apparaît en arrière-plan : la vie du jeune capitaine de navire Joseph Audoir confronté aux besoins financiers et aux risques du temps de la marine à voile dans un contexte de guerre franco-anglaise.

Nous examinerons dans cet article les relations familiales ; les voyages du capitaine seront relatés dans l’article suivant.

Voici la première lettre, datée du 15 juillet 1730, écrite par Baptiste Morau à son frère Bertrand qui a ensuite modifié son prénom (pratique courante à l’époque) en « Louis Bertrand César ». Notons au passage que le patronyme « Moreau » de 1654 est devenu « Morau » en 1730 !

2 Morau p1

3 Morau p 2Mr Bertrand Morau

Basse-Terre, Guadeloupe, le 15e juillet 1730

            Mon cher frère,

   Trouvant l’occasion si favorable, je ne saurai me dispenser d’avoir l’honneur de vous écrire pour vous marquer la joie que j’ai eue en apprenant votre mariage. Vous voudrez bien que je vous fasse mon compliment, et vous prie de m’accorder votre estime ainsi que votre chère épouse que je prie pareillement de me les accorder quoique n’ayant pas l’honneur d’être connu d’elle. Je vous prie d’agréer, mon cher frère, de me donner de vos chères nouvelles et celles de votre chère épouse. Vous ne sauriez me faire un plus grand plaisir ; j’aurai celui de vous en donner de ma part. C’est ce que j’espère de vous et vous prie de me croire que je suis avec toute la considération possible,

   Mon très cher frère,

  Votre humble et très ob. (obéissant) serviteur.

(Baptiste)Morau

J’embrasse ma chère nièce.

Je vous appendre que je suis et Nicolas associés. Nostre adresse Ets des frères Morau. Nous vous offrons nos services.

Baptiste et Nicolas, frères de Bertrand, vivent à Basse-Terre. La lettre ci-dessus est très courte, faute de temps peut-être, mais il semble, à sa lecture, qu’aucune relation épistolière n’existe entre les frères. La nouvelle du mariage et de la naissance a sans doute été transmise par un voyageur.

Effectivement, Bertrand Morau s’est marié à l’Île Bourbon le 28 janvier 1728 avec Marie Droman, riche héritière d’un ancien pirate irlandais. Bertrand était arrivé à l’Île Bourbon en 1726, sur un vaisseau de la Compagnie Française des Indes Orientales, avec le grade de Chirurgien-Major. Sur cette île peuplée d’environ 8 000 habitants (aujourd’hui, plus de 800 000 …), ce couple faisait partie de la classe sociale la plus aisée.

4 vaisseau
Compagnie Française des Indes Orientales
Vaisseau « Le Foudroyant » en 1724

Leur fille Marianne est née fin 1728 : il s’est donc passé 18 mois avant que Baptiste écrive sa lettre à la Guadeloupe, le 15 juillet 1730. Ce délai est tout à fait normal : les nouvelles mettaient le temps du voyage par bateau pour arriver, soit au minimum 8 mois entre l’Île Bourbon et les Antilles. Ensuite, il fallait attendre qu’un bateau parte vers l’Océan Indien pour envoyer la réponse : Baptiste écrit clairement qu’il a trouvé une occasion favorable !

La seconde missive est datée de 1750 : cela ne signifie pas que Bertrand Morau n’ait reçu aucun courrier entre 1730 et 1750, mais le hasard a voulu que ce courrier n’ait pas été retrouvé dans son dossier notarial.

En 1750, à Basse-Terre, il reste la mère Marie et trois enfants : Baptiste, Nicolas et Marthe. Le fils aîné François est décédé en Guyane. La fille aînée Catherine vit toujours à Blaye mais elle est devenue veuve. Son fils Joseph s’est engagé dans la marine. Bertrand, médecin-chirurgien à l’Île Bourbon, doit subvenir aux besoins de 13 enfants… En résumé, la fratrie est toujours dispersée entre Basse-Terre, Blaye et Bourbon.

5 Basse-Terre

ancien presbytère ?7 Bourbon

C’est Joseph Audoir, le fils de Catherine, qui va jouer le rôle du messager pour maintenir les liens familiaux. Il est capitaine de navire et voyage depuis la France d’abord dans l’Océan Indien puis vers les Antilles. Ses relations dans le milieu maritime lui permettent de confier son courrier à d’autres capitaines, ainsi ses lettres ont plus de chance de parvenir à bon port.

Pourtant il a bien des difficultés à trouver un moyen de transport : … apprenant le départ d’une frégate qui part pour les Isles, j’en profite (pour vous écrire) … J’ai été ravi d’apprendre de vos chères nouvelles par celle que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 20 janvier 1754. Les occasions d’y répondre sont si rares que j’ai différé jusqu’à celle-ci (cette occasion).

En outre, le destinataire néglige ou tarde à répondre : Recommandez à Morau (l’un des fils de Bertrand) de m’écrire, je lui ai écrit 3 à 4 lettres depuis une que j’ai reçue de lui et il ne m’écrit plus … Je ne puis vous donner aucune nouvelle de mon oncle (Baptiste sans doute), je n’en ai point encore reçu, depuis mon arrivée je lui ai écrit plusieurs lettres …  Je vous donnerai des nouvelles positives de mes oncles (Nicolas et Baptiste) et de toute la famille mais je n’en ai encore eu aucune nouvelle depuis mon arrivée et je leur ai écrit 8 lettres.

Enfin, les lettres se croisent ou se perdent en chemin : Par votre dernière (lettre) du 20 octobre 1759 que j’aie reçu avec tout le plaisir imaginable, vous me dites que c’est la quatrième sans avoir de mes réponses. Je vous assure que c’est la seconde que j’ai reçue et que je vous en ai écrit au moins douze. Je ne serai pas embarrassé de vous citer plusieurs vaisseaux et capitaines qui en étaient porteurs. Je n’ignore pas que vous ne les avez pas reçues puisque je me suis trouvé (prisonnier) avec eux en Angleterre, et depuis mon retour encore, je vous en ai envoyé plusieurs l’an passé par un vaisseau qui devait partir d’Espagne et deux de Bayonne qui y sont encore… Plusieurs vaisseaux ont été pris, d’autres détenus, quelques lettres peuvent s’être égarées.

Malgré tous ces aléas, les relations perdurent car la famille est un recours d’entr’aide très important à cette époque. Cette solidarité peut prendre une forme matérielle, financière, affective… L’exemple de Catherine Audoir le montre clairement : elle aide l’un des fils de son frère Bertrand Morau ; elle demande un secours financier à ses trois frères ; elle et son fils cherchent à faire plaisir à Bertrand en envoyant ce qu’il demande. Développons chacun de ces points.

Avant 1750, Bertrand a envoyé l’un de ses fils faire des études à Blaye chez sa sœur, Catherine. Celle-ci n’est pas fortunée, comme le révèle le Père Duboys : Quant à vos sœurs, l’aînée qui avait épousé un nommé Odouard Bourdelois (Audoir bordelais) est veuve depuis longtemps, chargée d’enfants et mal à son aise. Pourtant elle a subvenu aux besoins du jeune homme. C’est ce qu’elle décrit à son frère : Je puis vous assurer que, pendant le temps que (votre fils) a été avec moi, je me suis privée généralement de tout pour pourvoir à ses éducations et à son entretien… ces livres et les mois d’école que je payais régulièrement… c’était un enfant qui consommait considérablement des hardes et des souliers et de tout ce qui lui était nécessaire…

Malheureusement ce jeune Morau semble avoir été la source de bien des ennuis : Il m’a causé de la peine (du souci) … le tirer du précipice dans lequel il s’était jeté… la dernière lettre de change de 562 livres a été consommée pour tous les frais et sa conduite à Lorient…si je n’avais pas eu des amis aussi puissants que ceux qui se sont mêlés de cette affaire, vous ne l’auriez pas (re)vu.

Catherine demande à Bertrand de compléter le remboursement des frais liés au séjour de ce fils : J’espère que vous agirez comme un bon frère qui ne me fera pas de tort et je vous prie de vous presser à m’envoyer quelque chose par lettre de change…

Bertrand obtempère puisque Joseph écrit : (Ma mère) vous remercie de tout son cœur des cinq cents livres que vous lui avez envoyés… Mais cela ne suffit pas : Vous deviez envoyer (à ma mère) quelque chose pour la dédommager des dépenses qu’elle a faites pour votre fils, qui excède ce que vous aviez envoyé et elle ne reçoit rien…

Au fil des lettres, la demande de secours financier change de motif et Catherine invoque sa mauvaise santé : Vous ne tenez pas votre parole, vous m’avez mandé dans votre dernière lettre que vous m’auriez envoyé une lettre de change, je ne vois rien arriver. Je puis vous assurer que je suis dans un grand besoin et toujours malade n’ayant pour tout revenu que 260 livres pour toute l’année. …

Joseph quémande aussi auprès de son oncle : Elle (ma mère) est obligée de pourvoir à mes besoins. Aidez-nous donc, je vous prie, mon cher oncle… J’avais gagné du bien avant la guerre (franco-anglaise), mais un malheureux voyage que j’ai entrepris peu de temps après mon mariage m’a ruiné et mis sur la paille, ayant été pris (prisonnier).

Il est certain que Catherine et son fils, marié et père de deux enfants, ont bien du mal à tenir leur rang. Pourtant Joseph est capitaine de navire, il ne cesse de faire des voyages en mer entre 1749 et 1761 mais il joue de malchance. Il tombe malade deux fois, il est fait prisonnier par les Anglais pendant plus d’un an. Visiblement, Bertrand les aide du mieux qu’il peut mais lui-même ne roule pas sur l’or, il a maintenant 15 enfants à élever.

Cependant Catherine ne peut compter que sur lui. Joseph se rend de nouveau dans les Caraïbes, mais ne parvient pas à rencontrer ses oncles : Je n’ai pas pu voir mes oncles (Baptiste et Nicolas), j’ai reçu de leurs nouvelles. Ils se portent très bien et sont très riches, tous deux mariés en famille. Ils sont associés et font un bon commerce de la Martinique à la Guadeloupe…

Catherine s’en plaint amèrement : De la Martinique étant, (mon fils) m’a mandé qu’il avait écrit six lettres à mes cruels frères (Baptiste et Nicolas) … Voilà ce qu’il est quand les frères ont plus de biens, ils ne regardent plus les autres… Pour mes frères, ils sont si durs que je ne dois point m’attendre à rien de leur part.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, Catherine doit faire face à la vindicte du frère de son époux : Je suis en procès avec mon beau-frère qui me tire les moyens de subsister. Tout est saisi et je n’ai pas un sol… Le frère de mon mari m’a écrit qu’il venait pour vendre la maison (de famille où elle habite). Me voilà sur le pavé sans ressource…

Le tableau familial n’est pas réjouissant, d’autant plus qu’à la Guadeloupe, la mère Marie meurt dans la misère, que sa fille Marthe vit de peu dans la même ville que ses frères « riches », nantis chacun d’une nombreuse progéniture. Ces nouvelles sont données à Bertrand Morau par le Père Duboys : Votre mère est morte pauvre et obérée (endettée)… (votre sœur Marthe) est veuve depuis bien des années. Son mari ne lui a laissé pour tout bien qu’un garçon que son oncle Baptiste fait naviguer sur son bateau… Nicolas et Baptiste sont tous deux à leur aise, surtout Baptiste qui a une bonne et belle sucrerie, et ont tous deux des enfants.

Mais la solidarité familiale n’est pas seulement matérielle ou financière : elle est aussi affective. Ce qui maintient le lien familial, c’est aussi de faire plaisir à l’autre par l’envoi de cadeaux.

Entre ce frère, cette sœur, ce neveu, il s’agit, ni plus, ni moins, de faire parvenir des plantes, à plus de dix mille kilomètres, sur un bateau à voiles, avec tous les aléas que cela représente ! C’est que nous sommes au XVIIIème  siècle et l’exemple donné par Pierre Poivre a donné à d’autres le goût de l’aventure … botanique.

8 Pierre PoivreLa vie extraordinaire de ce Lyonnais d’origine modeste est retracée dans le livre de Daniel Vaxelaire, intitulé « Les chasseurs d’épices » : en 1753, cet ancien séminariste a réussi l’exploit de se procurer, en Extrême-Orient, des plants de muscadier et de giroflier jalousement surveillés par la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales. Il a vainement essayé à deux reprises de les faire pousser à l’Ile de France (Ile Maurice) car la noix de muscade et le clou de girofle se vendaient très cher en Europe. Il a quand même réussi à acclimater d’autres plantes asiatiques et sa réputation de botaniste lui vaudra d’être nommé, en 1766, « Intendant des Isles de France et de Bourbon ». 

 

9 muscade

10 girofle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans doute, Bertrand Morau connaissait-il les aventures de Pierre Poivre car il s’est pris de passion pour les essais botaniques. Il demande à ses correspondants de lui faire parvenir des graines ou des plants pour tenter de les faire pousser sur le sol volcanique de Bourbon.

Sa sœur Catherine lui envoie des graines en échange de grains de café et de bâtons de cannelle pour sa consommation personnelle :  Je vous envoie un petit paquet de graines de toutes les espèces que j’ai eues des meilleurs jardins. Je vous prie de m’envoyer par Mr Caro du café et de la cannelle. Son fils Joseph collabore : Ma mère vous a envoyé quelques bonnes graines. Comme nous nous y sommes pris tard, nous n’en avons trouvé que peu…

11 Café

12 cannelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au cours de ses voyages, Joseph s’évertue à lui faire parvenir « toutes sortes » de plantes : Je ne manquerai pas à mon retour de l’Amérique de vous apporter tout ce que vous m’avez demandé, toutes sortes de graines et de noyaux de fruits de ce pays ainsi que du cacao propre à planter et tout ce que je pourrai y trouver de curieux, ainsi que des fleurs de ce pays-cy.… Je vous envoie par Mr Laroche que vous avez connu un paquet contenant noyau d’abricot, d’avocat et graine de sapotille. Ce n’est pas le temps d’avoir du cacao propre à planter, parce qu’il faut le tirer des pommes (des cabosses) avec précaution. J’en aurai à mon retour avec toute autre graine que je pourrai trouver qui vous fera plaisir et j’enverrai le tout à Mr Dufay à Lorient pour profiter des premiers vaisseaux.

 

15 sapotille

Quelle que soit l’utilisation – pour son plaisir ou pour essayer d’en tirer profit – que faisait Bertrand des graines ou des noyaux qu’il recevait, ces envois représentaient des marques d’affection de sa sœur et de son neveu. Ce sentiment est toujours présent dans leurs écrits, surtout à la fin de la dernière lettre datée du 29 janvier 1761.

Ma femme a toujours eu la même part à toutes les lettres que je vous ai écrites, et nous nous réunissons tous pour vous assurer qu’on ne peut rien ajouter aux vœux sincères que nous faisons pour votre conservation, et que vous puissiez jouir de longues années de la santé la plus parfaite et d’une entière satisfaction. Nous partageons également ce sentiment à la chère tante et à tous les cousins et cousines. Nous vous embrassons à tous très tendrement et vous demandons votre amitié, deux petites nièces qui sont les fruits de notre heureux mariage en disent autant et je ne cesserai jamais de vous donner des preuves du sincère attachement avec lequel j’ai l’honneur d’être 

      Mon cher oncle,

votre très humble et très obéissant serviteur.   Neveu Audoir

Dix lettres ont voyagé au XVIIIème siècle à travers les océans pour atteindre leur unique destinataire, le docteur Bertrand Morau qui a leur a très certainement donné réponse en signant.

Capture signature

Nous ne pourrons jamais lire ces réponses ni les autres échanges épistolaires qui ont certainement eu lieu entre l’oncle et le neveu après 1761. En tout cas, les vœux de santé envoyés par Joseph se sont réalisés puisque Bertrand a vécu encore cinq années, jusqu’au samedi 8 mars 1766, dans son « habitation » (maison de maître sur une propriété terrienne).

16 dossier
Page de garde du dossier successoral :« Monsieur Morau Chirurgien sur son habitation de la Rivière du Mas quartier St Denis à Lisle Bourbon »

Quant au capitaine Joseph Audoir, souhaitons-lui « Bon vent » …

 

Mes plus vifs remerciements à Monsieur Jauze qui a accepté, en 2010, de me faire parvenir les copies des lettres qu’il avait découvertes et que je publie avec son autorisation, dans un but non lucratif.

Source : « Louis Moreau, un chirurgien-major et un colon ordinaire » par Albert Jauze, Docteur en Histoire moderne, Université de La Réunion. Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe n°148 – 2007

 

8 commentaires sur “Les relations d’une famille dispersée dans le monde

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  1. Un dossier vivant et bien concret …
    Les distances, les tempêtes, le nombre d’enfants, les guerres, le peu de commodités pour l’instruction… les inégalités sociales quand il n’y pas de solidarité sociale et que tout dépend de la sincéité de l’affection et de la générosité de ceux qui ont mieux réussi grâce à divers facteurs …( travail personnel ou chance ..? )
    Voilà de quoi bien méditer !
    Quelle aventure d’avoir retrouvé ces lettres !
    Merci de les avoir partagées…
    Mi

    Aimé par 3 personnes

  2. Incroyable ! Lorsqu’on découvre combien les familles pouvaient être dispersées aux quatre coins du globe, et combien les moyens de transport étaient périlleux ! Cela devrait nous rendre modestes, car lorsque nous parcourons le globe, bien confortablement installés dans quelque avion ou paquebot, notre périple n’a pas grand chose à voir avec celui de ces vrais aventuriers. Enfin, on ne peut que s’étonner de voir le peu d’importance qu’ils accordaient à des événements qui nous semblent majeurs, comme être faits prisonniers !
    Les temps ont bien changé, heureusement….

    Aimé par 2 personnes

  3. Les familles étaient nombreuses, il n’y avait ni allocs ni Sécu , on était souvent dans la mouise et les liens familiaux étaient alors essentiels pour assurer une solidarité qui semblait alors aller de soi.
    Ce que Danielle a mis en exergue, à travers la vie mouvementée de ses ancêtres, c’est que cette solidarité jouait aussi pour des familles très dispersées, et malgré la difficulté des échanges.

    Aimé par 3 personnes

  4. Que tu es curieuse !!! Mais une curiosité bienveillante et pugnace, et tu es arrivée, après moult aventures à boucler la boucle. Félicitations!! C’est le grand schlem.

    Aimé par 3 personnes

  5. Ces dix lettres me permettent de vous faire voyager dans le temps et dans l’espace, comme le souligne Alain Lavelle. La destination finale est annoncée dès la première photo avec cette maison créole qui tangue sur l’océan, le canot de sauvetage immatriculé RU (abréviation des compagnies aériennes pour désigner La Réunion) 974 (département de La Réunion) et la bouteille à la mer contenant peut-être un message de détresse ? Voilà, tout ce qui est écrit en 3 articles figure dans ce dessin au crayon.

    Aimé par 2 personnes

  6. Toutes mes félicitations, Danielle, et un grand merci pour ce vrai travail de fourmi qui nous permet de nous faire une idée des relations familiales et des difficultés rencontrées par le passé pour les conserver. Honte à nous qui osons nous plaindre quand un courrier nous parvient avec 3 jours de retard! Les temps ont bien changé, heureusement, mais grâce à cet article si détaillé nous sommes obligés de constater avec gratitude combien nous sommes privilégiés par rapport à nos ancêtres.

    Aimé par 3 personnes

  7. Félicitations Danielle pour ce beau travail de généalogie qui a dû te prendre beaucoup de temps mais aussi la satisfaction d’avoir mis à l’honneur ces courageux ancêtres.

    Aimé par 3 personnes

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