Rivages lointains

par Alain Michel                  

Si vos promenades vous mènent un jour d’été dans les Landes, en lisière de forêt à Messanges, vous passerez peut-être devant la porte d’une poterie dont le nom « Rivages lointains » vous parlera comme une invitation au voyage.

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Vous entrerez par curiosité et vous serez séduits par la beauté des céramiques exposées et aussi par le charme de l’artiste, François JARLOV, qui saura par son discours nourrir tous vos rêves d’exotisme.

Les objets exposés sont de ceux que l’on ne peut s’empêcher de toucher, de caresser et de rencontrer avec ses propres mains.

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Ce sont des boîtes de toutes formes, des panneaux muraux aux surfaces craquelées et noircies brutes ou vernissées de couleur turquoise aux reflets lustrés, dorés et argentés, semblables à des ailes de scarabée.

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Ces objets portent en eux la marque des gestes de leur créateur d’où émane un côté mystérieux et ancien:  on devine ici et là l’empreinte des lieux visités par l’artiste.

A la manière d’un carnet de voyage, leur créateur a transposé ses émotions sur ses œuvres ajoutant au travail de la poterie des éléments rapportés de ses pérégrinations qui transforment l’ensemble et le subliment.

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François JARLOV a passé son enfance dans les Landes. De ses études techniques il n’a gardé que les enseignements utiles pour construire ses premiers fours et créer son premier atelier « La poterie du Héron » en 1978, à Messanges.

Passionné par les émaux de grès et la chimie de l’émail, il met au point une céramique utilitaire dans les années 80 avant de se consacrer à la technique du Raku. Attiré par l’Extrême-Orient, il expose une première fois au Japon en 1994 après avoir été lauréat du prix de la création de la ville de Bordeaux dans le cadre de son jumelage avec la ville de Fukuoka.

Il réalisera plusieurs expositions dans ce pays avant d’intervenir à l’école des Beaux -Arts de Hanoï grâce à l’Alliance Française en 2000.

Suite à des changements dans sa vie familiale, François JARLOV se lance en 2006 dans la construction d’un nouvel atelier au Viêt-Nam, dans le village de sa femme proche des rives du delta du Mékong. Il met au point des recettes d’émaux qui s’adaptent sur la porcelaine et l’argile à grès locales et il expose depuis régulièrement à Saïgon et à Messanges dans l’atelier rebaptisé « Rivages Lointains ».

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François Jarlov au travail dans son atelier

Rencontre avec François JARLOV qui accepte de se rendre disponible pour nous parler de son œuvre :

Pourquoi avoir donné ce nom « Rivages lointains » à votre atelier ?

Depuis mon enfance j’habite près de la mer et cet horizon qui s’ouvre vers des terres lointaines m’a toujours donné envie de voyager et d’aller voir plus loin. J’ai eu la chance grâce à mes expositions de pouvoir me déplacer au Japon qui est un pays très riche en culture, en modernisme des lignes et en divers arts poétiques et artistiques. C’est un pays unique au monde où l’enseignement du zen a eu une grande influence sur ma manière d’agencer les formes.

La relation privilégiée que j’ai pu ouvrir avec l’école des Beaux-Arts de Hanoï où j’ai enseigné la céramique m’a également beaucoup influencé notamment dans la constitution de mes premiers carnets de voyages.

J’ai choisi comme signature une fleur de lotus surmontée d’un soleil couchant pour symboliser l’union entre l’Orient et l’Occident et cela définit assez bien aujourd’hui ma vie personnelle et artistique.

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

L’inspiration me vient de choses très diverses à la fois à travers mon passé, ce que j’ai appris, à la fois à travers les choses que j’aime ou qui provoquent en moi des émotions.

L’archéologie a toujours exercé sur moi une certaine fascination. Il y a dans la découverte d’un objet et le pouvoir de le regarder pour la première fois un côté merveilleux. Je suis très sensible à ces objets que l’on peut voir dans les musées qui m’influencent beaucoup dans la recherche de mes formes et de mes émaux. Je suis particulièrement attiré par la rondeur en général car elle suggère la sensualité du geste de la main qui caresse une forme.

J’aime beaucoup les boîtes car on y trouve un côté mystérieux où l’on peut accrocher ses rêves. La boîte contient toujours un secret. Elle enferme et sépare du monde ce qui est fragile, précieux ou redoutable. Soulever le couvercle est toujours un moment privilégié propice au rêve, à la méditation, ou tout simplement à la contemplation.

Enfin mes pièces sont des clins d’œil aux symboles et aux coutumes des pays que j’ai pu visiter et du Viêt-Nam où je vis aujourd’hui.

J’y évoque par exemple le Yin et le Yang, symboles de la pensée asiatique invoquant le monde du ciel et de la terre sans cesse entremêlés et les cinq éléments qui régissent l’univers en Asie, à savoir la terre, l’eau, le bois, le feu et le métal.

Je dépose ou je grave sur mes pièces des idéogrammes porte-bonheur, des anneaux de jade, des statuettes de bronze, des bijoux ou de simples tiges de bambou.

Les pièces que nous créons sont le reflet de nous-même. Il est important qu’elles nous ressemblent et j’essaie au maximum de mettre dans mes créations cette petite part de rêve qui donnera ce caractère intemporel à l’inspiration.

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Pouvez-vous nous expliquer la technique du Raku utilisée pour la réalisation de vos pièces ?

Le Raku est une technique de cuisson qui permet la réalisation d’effets originaux uniques.

Cette technique japonaise, dès son origine au 16eme siècle, a été utilisée pour la production de bols servant exclusivement à la cérémonie du thé avec une facture dénuée de toute sophistication superflue.

Le Raku contemporain ou raku occidental s’est développé dans les années 70 et s’est apparenté davantage à la sculpture pour la réalisation de pièces qui sortaient alors des sentiers battus.

Le Raku se singularise par son mode de cuisson assez brutal. Lorsque les pièces ont atteint une température voisine de 1000 °, elles sont défournées incandescentes pour être d’abord enfumées dans la sciure de bois avant d’être refroidies brusquement par une trempe à l’eau. Le choc thermique et l’enfumage provoquent un craquelé caractéristique ainsi qu’un noircissement de la terre. La trempe à l’eau stabilise les couleurs développées par l’apport de sels métalliques combinés sur l’émail par la magie du feu.

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L’Asie semble avoir pris une place prépondérante dans votre inspiration ?

J’y vis depuis maintenant plus de 10 ans et j’ai pu visiter de nombreux pays du Sud-Est asiatique. Ces cultures ont aujourd’hui une très grande influence sur ma vie personnelle et sur mon art. J’ai besoin de ressentir moi-même les émotions qui me permettent ensuite d’imaginer de nouvelles créations. J’aurais pu être influencé par d’autres cultures que j’admire venues d’Europe, d’Afrique, d’Océanie ou d’Amérique latine. Mais je ne connais ces cultures que par les livres et j’ai besoin de vivre des émotions en direct pour mieux pouvoir les retransmettre.

Quelles sont vos recherches et vos projets aujourd’hui ?

Je continue à transposer toutes mes formules d’émaux à partir des matières premières que l’on peut trouver au Viêt-Nam. Cela m’a pris plusieurs années pour les adapter à l’argile du Mékong ou à la porcelaine du Tonkin. Dans mon atelier du bout du monde, j’utilise et cuis l’argile locale, une argile, qui déposée à fleur d’eau dans le delta du Mékong, est un véritable cocktail minéral.

Ce fleuve prend sa source au Tibet, traverse le Yunnan, longe la Birmanie, le Laos et la Thaïlande puis vient traverser le Cambodge et enfin le Viêt-Nam.

Lorsqu’une céramique synthétise un tel mélange de particules et une association de tant d’images de pays traversés, elle reste bien sûr une céramique mais elle rayonne d’Histoire.

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Je travaille aussi à la réalisation d’une boîte qui représentera les 4 saisons et qui contiendra sous forme de cartes illustrées 365 pensées marquantes de la sagesse asiatique.

Vous êtes un artiste qui possède plusieurs cordes à son arc. Vous peignez des aquarelles et vous avez écrit plusieurs livres de voyages et de nouvelles.

L’aquarelle et le dessin ont toujours été étroitement liés à mon travail de céramiste. Le dessin était une étape permettant de développer des idées prenant forme avant de passer à l’argile. De même que la pratique du tournage permet aux mains d’apprivoiser la terre , le mélange des couleurs au bout du pinceau aide le geste et libère l’intuition.

Parfois le simple désir de capter des impressions ou des paysages lors de voyages envahissaient mes pensées sans que je puisse les traduire par des mots.

Comme le disait Paul Klee « écrire et dessiner sont en leur fond semblables ».

C’est en découvrant le Japon il y a une vingtaine d’années que j’ai véritablement renoué avec le dessin figuratif.

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Ce pays tellement chargé de contrastes, de motifs et de textures intéressantes me donnait l’envie de coucher des tas d’idées et d’impressions avec en arrière-pensée un projet d’écriture d’un livre.

C’est finalement au Viêt-Nam que s’est concrétisé ce projet.

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Feuilleter les livres de François JARLOV, c’est découvrir au hasard des pages des scènes de rue, des personnages, des paysages, moments de vies éphémères si précieux que seul un artiste est capable de les fixer ainsi de façon durable. Regarder ses dessins c’est voir comme un arc-en-ciel jeté entre l’artiste et le papier où les couleurs recouvrent couche après couche la magie de l’Orient et de son histoire.

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En quittant les lieux, laissant derrière vous l’artiste et ses rêves de terres lointaines, vous méditerez peut-être ces mots d’un autre céramiste Jean GIREL :

 » Dans le monde virtuel et déshumanisé, la céramique vécue en tant qu’expérience sensible est peut-être aujourd’hui parmi l’ensemble des formes de l’Art, le lieu le plus accueillant de rencontre entre l’homme et lui-même et entre lui-même et l’univers.  »

 

Pour plus d’informations :

www.rivageslointains.com

www.francoisjarlov.com

Mais, mieux encore , venez rendre visite à l’artiste dès l’été prochain entre juin et septembre .

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4 commentaires sur “Rivages lointains

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  1. J’y suis allé. J’ai rencontré François Jarlov et découvert une partie de sa création. A connaître absolument pour échanger avec l’artiste à la personnalité et au parcours hors normes et admirer ses œuvres originales à la finition poétique parfaite.

    Aimé par 1 personne

  2. Magie des formes, des couleurs, des reflets ; charme du mélange des cultures ; raffinement des détails ; maîtrise de la matière et de la technique. Voilà ce que ressent la néophyte que je suis en matière de céramique. Je partage votre enthousiasme, Alain Michel, et je vous suis reconnaissante d’avoir écrit cet article convaincant pour nous faire découvrir l’artisan-artiste François JARLOV. J’ai aimé comparer les deux boites et les deux bols : excellente idée d’avoir présenté ces 4 photos !

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  3. Le temps d’un article ou mieux encore, d’une visite dans l’atelier de François Jarlov, nous sommes transportés dans l’univers délicat et plein de mystères de l’Asie. Les couleurs sont magnifiques, l’assemblage des matériaux surprenant et les formes des objets d’une grande pureté.
    Merci Alain pour nous avoir fait connaître cet artiste passionnant et passionné.

    Aimé par 1 personne

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