Les 20 voyages de Gauguin. Episode 5

 

par Daniel Sueur              

 

Pour ce dernier épisode, nous suivrons Gauguin dans son expérience polynésienne, la plus prolifique, au cours de laquelle il produira ses plus beaux tableaux. Celle aussi des extrêmes, de l’amour à la mort…

 

Voyage N°17. Marseille – Papeete.

Il quitte Marseille le 1er avril 1891. Neuf semaines plus tard, le 8 juin, son île paradisiaque se profile à l’horizon. Il a juste 43 ans. Lorsqu’il débarque, il ne passe pas inaperçu : il a emporté un fusil – il espère chasser le gibier qu’il imagine rodant sur l’île – il est en costume de velours brun, des chaussures violettes aux pieds et un chapeau de cow-boy sur la tête. Les habitants se pressent autour de ce phénomène et pouffent de rire. Il est immédiatement traité de mahu d’homme-femme, en référence aux travestis qui restent encore de nos jours une curieuse composante de la société tahitienne traditionnelle. Les mahu étaient réputés faire de bons maris car ils étaient doués pour la cuisine et le ménage.

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Mahu, jeune homme à la fleur
(1891)

 

 

L’arrivée à Papeete est un choc : avec ses rangées de maisons en planches, aux toits en tôle rouillée, la capitale tahitienne est sale et sans intérêt. En tant que peintre en mission officielle, Gauguin est courtisé par les colons locaux qui le soupçonnent, sous couvert de peindre, de les espionner pour le compte de l’Etat. Ils sont donc aux petits soins.

 

 

Il écrit à Mette qu’il va rencontrer la famille royale tahitienne qui a eu vent de sa présence. Cette visite n’aura pas lieu : une semaine après son arrivée, le dernier roi tahitien, Pomaré V, meurt subitement…d’une cuite, conformément à la tradition familiale.

Son arrière-grand-père, son grand-père et son père ont connu le même sort. Le cocktail préféré de Pomaré V, apparemment, était un mélange de rhum, de whisky, d’eau de vie et d’autres spiritueux.

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On demande à Gauguin de superviser la décoration des funérailles ; il refuse en déclarant, preuve de son empathie précoce pour les Tahitiens, que la veuve du roi est mieux placée pour s’en charger.

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« La disparition du dernier roi tahitien – regrette Gauguin – marque la fin de l’histoire maorie ». « La civilisation des soldats, des marchands, des colons – écrit-il – l’a emporté. Je suis profondément triste ». Les Jésuites  ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit d’imposer leur religion au détriment de ce qu’ils considèrent comme des idoles qu’il faut abattre, contribuant ainsi à la destruction de toute une culture ancestrale. Ils ont même imposé aux habitants une décence rudimentaire :

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Piti Teina (deux sœurs)
(1892)

 

 

 

les femmes, et même les petites filles, sont contraintes de porter des robes informes, des burkas catholiques aussi couvrantes que des tentes, et qui les infantilisent.

 

 

 

 

 

Il a traversé la moitié de la planète en quête d’un paradis tropical originel. Mais les missionnaires et les colons hypocrites sont passés avant lui et rien ne sera plus comme avant. Il écrira :

« L’imitation, grotesque jusqu’à la caricature, de nos mœurs, modes, vices et ridicules civilisés…avoir fait tant de chemin pour trouver cela même que je fuyais ! »

Il n’empêche qu’il va s’affranchir avec une liberté et un naturel inégalés de la peinture occidentale par son style primitif et une prodigieuse invasion des couleurs comme dans ces « Paroles du diable » avec son sol pourpre et lilas. Sur ce tableau, on note le style primitif et l’explosion de couleurs, mais aussi la première apparition du diable, ou des mauvais esprits, inquiétants ;  nous les retrouverons plus tard de manière récurrente.

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Prau ne te Varua ino, paroles du diable (1892)

Le tableau Ta Matete vu en début d’article, pouvait donner par son inspiration Thébaine beaucoup de dignité à cette scène située à l’entrée du marché de Papeete.

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Ta Matete, à côté du marché

Une autre interprétation pourra être donnée au tableau : Ta Matete signifie exactement : « à côté du marché » et c’est là que se tiennent les prostituées qui semblent agiter un petit éventail en attendant le client, mais ce n’est pas cela du tout ! Ce qu’elles ont à la main, c’est la carte qui prouve qu’elles sont en bonne santé, cette carte délivrée par le médecin après la visite médicale obligatoire. Un navire militaire vient d’arriver, on le voit au fond du tableau et les hommes vont descendre à terre. Ils sauront très vite que c’est « à côté du marché » que l’on trouve les filles.

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La ville est bruyante et fourmille de colons. Gauguin recherche le calme et la solitude, il espère pouvoir chasser, aussi se rend-il sur la côte, à Mataiéa

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Te Burao (l’hibiscus)
(1892)

 

 

 

 

…là où les palmiers surplombent la plage et forment de secrètes alcôves à l’abri des regards indiscrets

 

 

 

 

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Te Poipoi (Le matin)
1892

Gauguin a toujours cherché à rendre la sensation provoquée par un lieu.

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Te aa no areois (la semence d’aeroi)
1892

Tahiti est une chaîne montagneuse entourée par une plage. Il faut regarder ses toiles tahitiennes en ayant à l’esprit que, si les montagnes sont devant soi, la mer est derrière. La bande côtière bordée de cachettes formée par les pandanus devenait son terrain de jeu favori.

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Aha oe Fezii ? (Es-tu jalouse ?)  1892.

Nous voyons deux femmes dont l’attitude exprime tout à la fois l’abandon et le repli. L’une, à la peau plus sombre, semble assise à l’ombre, tandis que l’autre est allongée, un peu décalée sur l’arrière, en plein soleil. Les teintes rose pâle et rouge vif qui les entourent les fondent presque en un seul corps. Un grand calme émane de ces deux figures féminines, au sein d’une « nature » d’apparence presque abstraite. Gauguin ne traite la surface de la toile comme un espace pictural qu’en des points bien définis, soigneusement choisis. Suivez la diagonale que dessine la ligne du rivage jusqu’au bord supérieur du tableau. Il n’y a aucune profondeur spatiale, pas de place pour les jambes de la femme allongée. Les reflets de l’eau représentés en plages colorées sur la gauche de l’image produisent un mouvement rythmique, un jeu chromatique d’une grande liberté, qui complète avec charme les corps de femmes au modelé plastique, et transforme la nature en ornement enchanteur.

 

Le peintre a souvent donné à ses tableaux des titres en langue polynésienne. Cette langue, essentiellement orale, n’a reçu une transcription écrite que grâce aux Jésuites. Elle a subi des influences au fil des conquêtes étrangères, notamment lorsque les Anglais ont mis le pied sur l’archipel en 1767. Lorsqu’ils ont débarqué et sont venus saluer le couple royal, ils ont dit : « Your honour », « votre honneur, le roi vous salue ! ». Ce titre n’existait pas dans leur langue. L’expression « La orana » est tirée de « Your honour ». « La orana » est devenu une forme de salut lorsqu’on rencontre une personne : on dit son prénom et on ajoute : « la orana ! »

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« La orana » est bien sûr le titre d’un des premiers tableaux haïtiens les plus célèbres de Gauguin, « la orana Maria » qui est un hommage à Marie. Dans ce tableau Gauguin imagine que Marie est une de ces femmes portant Jésus sur ses épaules.

Gauguin revisite ici le thème de la Vierge à l’Enfant dans un décor tahitien, créant ainsi le paradis exotique auquel il aspirait.  Au premier plan on distingue des paniers de fruits typiquement tahitiens. A droite la Vierge Marie vêtue d’un paréo rouge, elle soutient le regard du spectateur et porte l’enfant Jésus à cheval sur une épaule ; cette position est étrange de même que la couleur du corps verdâtre, le regard de l’enfant  tourné vers le spectateur. Au second plan les Orantes, ce sont deux jeunes femmes tahitiennes dans l’attitude de la prière : elles viennent de reconnaître la Vierge et l’Enfant grâce à l’intervention de l’ange jaune qui se dessine en haut à gauche.  La végétation luxuriante à l’arrière-plan rappelle le jardin d’Eden. Le caractère typique de la peinture de Gauguin est ici, très clairement, l’union de deux cultures très différentes : la religion chrétienne dans un monde exotique.

 

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Tahitiennes sous les palmiers
(1892)

 

Mataiea ressemble suffisamment au paradis pour lui plaire, mais il manque quelque chose. Il y a les arbres, les fruits, la mer, le sable, mais Adam n’a pas son Eve. La communauté locale est minuscule, aucune voisine n’est libre ou intéressée et il n’ose pas trop approcher ces étranges nouveaux voisins.

 

 

 

 

 

Un jour, il se rend en coche à l’est de l’île, une région non développée à l’époque, à Faaone. Là, une femme l’invite dans une hutte en bambou, selon les préceptes d’hospitalité typiques de l’île.

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Eu haere ia oe Femme et mangue (1893)

 

 

 

 

Elle lui offre à manger et à boire, et quand il lâche qu’il cherche une épouse, elle répond qu’elle a la personne qu’il lui faut : sa fille Tehamana, 13 ans.

 

 

 

Voici, selon Gauguin lui-même, comment il fit la cour à celle qui deviendra sa nouvelle compagne : « As-tu peur de moi ? Non, répond-elle. Veux-tu vivre avec moi ? Oui. As-tu déjà été malade ? Non. »

Sur ce, il l’emmène avec lui. Sur le chemin du retour, Tehamana s’arrête dans une autre maison de Faaone et lui présente une autre femme comme étant sa mère. Gauguin ignore alors qu’il est courant à Tahiti d’avoir des parents adoptifs en plus de ses parents biologiques. Il tombe immédiatement amoureux de Tehamana, il a enfin trouvé son Eve.

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Il célèbre ses origines dans un tableau très sage qu’il intitule « Merahi metua no Tehamana », Tehamana a de nombreux parents. Un tableau qui semble dévoiler son lignage ancestral. Toutefois les curieux hiéroglyphes à l’arrière-plan sont une invention de Gauguin. Dans la culture polynésienne, une jeune fille en âge d’avoir des enfants est considérée comme une femme. Si on considère par ailleurs que la moyenne d’âge pour se marier est sensiblement plus basse qu’en Europe, pourquoi attendre 20 ans quand on peut être mère à 14 ans ?

 

Gauguin sculpteur ne manquera pas de représenter Tehamana dans cette sculpture sur bois, avant et arrière.

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Manau Tupapau (1893) – Gauguin s’est expliqué sur ce tableau mystérieux : il raconte qu’il était resté en ville tard. A son retour, elle était dans le noir, transie de peur à cause de l’esprit. Le tupapau est un esprit et Tehamana était terrorisée. Les gens laissaient la lumière allumée chez eux la nuit, par peur des esprits.

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Manau Tupapau (1893)

Gauguin prétendra que c’est Tehamana qui lui a appris les secrets des dieux tahitiens, les mystères de l’île d’antan et ce mélange de mythes, de fables et de pures inventions qui vont désormais peupler ses toiles. Faux, probablement, venant d’une gamine de 13 ans, à une époque où on ne racontait plus toutes ces histoires.

Tel un cocktail de Tomare V, il ajoute un doigt de bouddhisme, une touche d’Inde, un zeste de Grèce, un peu d’Egypte, et se concocte sa propre mythologie sanglante et fictive. Ce qui donne un ersatz de cette mythologie qui devrait exister, mais qui n’existe pas.

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Vair omati tei oa (femme fumant) 1893

 

 

 

 

 

 

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Et il sculpte sur bois, il faut qu’il fasse en permanence quelque chose de ses mains…

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Idole à la coquille
Face avant et Face arrière (1893)

Son premier voyage à Tahiti prend fin le 14 juin 1893. Il y aura passé deux ans et brillamment réalisé 66 toiles révolutionnaires et d’innombrables sculptures remarquables.

Il semble n’avoir aucun scrupule à abandonner Tehamana, en pleurs sur le quai, il a tourné la page de son idylle tahitienne.

 

Voyage N°18. Papeete – Paris – Orléans – Paris.

 A peine arrivé à Paris, il doit repartir à Orléans, où son oncle « Zizi » vient de mourir. Un enterrement, mais aussi un héritage qui vient à point : Gauguin a bien l’intention de montrer au Tout-Paris ce que le sauvageon du Pérou a rapporté de Polynésie. L’argent qu’il vient de toucher va lui permettre d’organiser l’exposition du siècle ! Il va faire réaliser des brochures, des cartes postales et surtout il va faire encadrer tous ses tableaux, y compris ceux réalisés avant son aventure tahitienne.

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Nafea Faa Ipoipo Quand vas-tu te marier ? (1892)

Ce tableau condense tout le grand style ultime du peintre : deux vahinés à la complicité mystérieuse et sensuelle, alanguies, mais comme prêtes à bondir, en paréo avec des fleurs dans les cheveux, saisies dans une nature luxuriante, avec une montagne à l’arrière-plan, sous un ciel jaune d’aube ou de crépuscule, de premier jour sur la terre…

En 2015, la vente de ce tableau a été très mal vécue en Suisse et à Bâle, où il était exposé en prêt depuis un demi-siècle dans le plus grand musée de la ville, le Kunstmuseum.

« Quand te maries-tu ? », l’une des peintures majeures de Gauguin, aurait été vendue juste avant l’ouverture de l’exposition, en février, à un émir du Qatar, pour environ 300 M€, ce qui en ferait le tableau le plus cher du monde. La vente, secrète, a été révélée par le « New York Times ». « Je ne confirme pas, je ne démens pas », a répondu Rudolph Staechelin, l’ancien propriétaire du tableau, héritier d’une grande famille de Bâle.

Le tableau avait été vendu pour 7 francs, sur place, à la mort du peintre.

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Nature morte à la mandoline
(1885)

 

 

 

 

Un autre exemple de ce qu’il rapporte de Papeete …

 

 

 

 

 

Mais encadrer 42 tableaux d’un coup n’est pas une mince affaire et l’exposition censée créer la sensation sera repoussée d’une semaine car les cadres ne sont pas prêts. Elle a finalement lieu le 9 novembre 1893, et fait plus l’effet d’un pétard mouillé que d’une bombe. Les critiques accusent Gauguin d’exotisme artificiel avec ses Tahitiennes de rêve dans un décor de cocotiers. Ils doutent de l’authenticité de ses sentiments. Lui-même n’arrange rien en arrivant à l’inauguration affublé d’un costume ridicule. Il porte une longue cape bleue avec un fermoir en argent, un pantalon à carreaux voyants et un long chapeau en astrakan !

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Autoportrait à la palette
(c.1893)

Son nouvel atelier, à Montparnasse, rue Vercingétorix, est décoré avec tout autant de flamboyance. Il est intégralement jaune et sur ces murs jaunes, il accroche quelques-unes de ses toiles les plus scandaleuses.

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Autoportrait au chapeau (1893)

 

Il existe des photos de la rue Vercingétorix. Où l’on s’amusait beaucoup, mais aussi chez Paul Mucha.

La métisse que l’on voit ici est sa nouvelle maitresse, Annah la Javanaise. C’est Vollard, le marchand d’art, qui a « refilé » Annah à Gauguin. Le terme est plutôt approprié pour cette demoiselle qui passait de l’un à l’autre.

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D’après eux, elle avait du sang malaisien et sri-lankais, mais on l’avait surnommée la Javanaise, et c’était resté.Bien que petite, Annah ne passe pas inaperçue : elle tire la langue aux gens dans la rue et son singe ne la quitte jamais.Cette fille facile ne lui fait pas oublier l’attirance qu’il a pour les jeunettes à peine sorties de l’enfance de Tahiti.

 

 

 

Il se trouve que dans la rue Vercingétorix réside aussi une sculptrice suédoise Ida Molard, et sa fille de 13 ans, Judith.

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Et Judith va s’enflammer pour Gauguin, une passion qui va bouleverser sa vie.Elle s’offre à lui dès qu’ils sont seuls. Ces sont des étreintes maladroites mais fiévreuses dans les escaliers, sans que, semble-t-il, les choses aillent bien au-delà.

 

 

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D’où la frustration de notre peintre, qui va réagir de façon étrange : au tableau d’Annah qu’il vient de réaliser il va donner un titre tahitien que personne ne pourra comprendre. (en haut et à droite du portrait). « Aita Tamari Vahiné Judith te Parari » – « La femme-enfant Judith n’est pas encore dépucelée ». Une réflexion sur la virginité dans laquelle Annah s’est substituée à Judith. Un tableau, deux femmes…

Tout cela devient très compliqué. L’été arrive et Gauguin veut fuir Paris. Il choisit logiquement de retourner sur son terrain de jeu de prédilection, la Bretagne. Avec Annah, son singe et un groupe d’amis, il décide d’aller passer une journée à Concarneau.

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Autoportrait  (à Concarneau) 1896

Ils se promènent sur les quais lorsque des gamins se moquent d’Annah et commencent à lui lancer des pierres. Un des amis de Gauguin corrige le meneur, mais son père qui s’enivre dans une taverne non loin de là voit ces étranges tapageurs tirer les oreilles de son fils et se jette sur eux, prêt à en découdre. Gauguin, grand amateur de boxe, le met KO d’un coup de poing.

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S’ensuit une bagarre générale au cours de laquelle un des voyous lui donne un violent coup de sabot dans le tibia. Gauguin a la cheville brisée.

 

 

La police intervient, mais curieusement les agresseurs n’écoperont que d’un simple avertissement. Pour Gauguin, les conséquences seront bien plus durables et sa jambe brisée ne se remettra jamais complètement. Annah rentre à Paris, tandis que le blessé, immobilisé, soigne sa jambe. Lorsqu’il y retournera à son tour, ce sera pour découvrir qu’elle a emporté les meubles et tout ce qu’elle pouvait. Au moins lui a-t-elle laissé ses toiles.

Mais cette année lui sera décidément néfaste :

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son chef-d’œuvre en céramique, la sculpture qu’il voudra absolument qu’on place sur sa tombe, Oviri le sauvage, est rejetée par le salon de 1895.

Oviri est une sorte d’idole issue de l’imaginaire de Gauguin, sculpture réalisée chez le céramiste Ernest Chaplet. On est une fois encore dans le mystérieux et le symbole : le loup, la bête sauvage, est le symbole de la mort de la mère, tandis que l’homme, Oviri, dans toute son exotique volupté, est le symbole de la mort.

C’est le coup de grâce. Il rassemble en hâte ce qu’il peut d’argent et parvient à soutirer et à emprunter assez pour retourner à Tahiti.

Cette fois-ci, ce sera un aller sans retour.

 

 

Voyage N°19. Paris – Papeete.

Papeete s’est embellie pendant ses deux années d’absence, il y a désormais l’électricité, et sur la pelouse de la résidence du gouverneur, on pratique un nouveau jeu, le tennis. Mais ce qui intéresse avant tout Gauguin, c’est la présence d’un hôpital, même militaire, car son état de santé se détériore. Il s’installe donc à une courte distance de cheval, à Punaauia.

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Te Vaa – Pauvre pêcheur.

 

 

Quand on regarde ce tableau, on se dit que l’artiste a rêvé, a inventé cette scène, mais lorsqu’on se rend sur la plage qui lui a servi de modèle, on a l’impression que Gauguin était là, à côté de vous, il y a quelques instants, tant le lieu est tel qu’il l’a dépeint.

 

 

Tehamana s’est remariée avec un garçon du coin. Elle rend visite à Gauguin mais refuse d’emménager chez lui, probablement à cause des plaies suppurantes qui couvrent ses jambes.

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autoportrait.

Traits tirés par la maladie qui s’insinue en lui…avec en arrière-plan des figures mystérieuses, à gauche peut-être une figure de la femme tahitienne qu’il aime tant, à droite le mauvais esprit qui ne le lâche pas. L’apparition de ces plaies n’est pas uniquement l’œuvre des dockers bretons qui l’ont passé à tabac, même s’ils y ont contribué. Et le sang qu’il crache n’est pas lié à un problème cardiaque. Ces symptômes ne laissent aucun doute possible : Gauguin est atteint de la syphilis. Ses premiers symptômes de syphilis apparaissent à Tahiti, et on pourrait en déduire qu’il l’a contractée sur place. Mais il l’a probablement contractée plus tôt. C’est ce qui est compliqué avec la syphilis : très souvent la contagion remonte à des années et les symptômes ne se manifestent que longtemps après. Lorsque les plaies commencent à apparaître, ça devient très douloureux, avec le risque que ces plaies peuvent de surcroît se répandre, se transformer en ulcères, et rendre la marche difficile et douloureuse. Gauguin a eu recours à un des rares traitements efficaces à l’époque pour traiter la douleur, la morphine.

On reproche souvent à Gauguin d’avoir contaminé à Tahiti de nombreuses jeunes femmes, mais ce n’est probablement pas le cas. A l’époque où les symptômes sont apparus, il n’était plus contagieux.

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Le grand arbre.

Econduit par Tehamana, Gauguin, ou Koke, comme les Tahitiens le surnomment, se cherche une nouvelle vahiné.  Il trouve le bonheur sans tarder en la personne de Pahua, sur place à Punaauia.

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Vairumati Satilik yagli Boya
(Pahua)

Elle était semble-t-il stupide, négligée, sa maison était mal tenue, mais elle a certainement contribué à son art plus que toutes les autres. Ils vont cohabiter par périodes pendant six années cruciales et sera sa plus grande muse. Elle a 15 ans mais Gauguin, qui adore narguer le monde avec ses transgressions, affirme qu’elle en a 13.

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Pahua
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Séjour délicieux

 

Dia Te Arii Vahiné (Pahua) où l’on retrouve la Diane de Cranach ou l’Olympia de Manet, vous vous souvenez ?

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Pendant le premier printemps de son retour il découvre que Pahua aura un bébé aux environs de la Noël.

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Te Tamari No Atura (Nativité)

Avant même que l’enfant ne naisse il proclame son arrivée dans cette improbable nativité tahitienne ayant pour décor la Polynésie et non Bethléem, où Pahua, coiffée d’une auréole, prend la place de Marie. Le petit Jésus lui aussi a son auréole.

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Mais la Bible ne mentionne pas que la mort est présente à la naissance de Jésus, sous la forme sévère de ce tupapau. La mort, le mauvais esprit, comme une obsession…Notez aussi, en arrière-plan une autre nativité, la vraie ?

 

Une petite fille, naît à Noël 1896, qui mourra peu après sa naissance.  Il réagit en peignant ceci :

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Never more !

Un tableau qu’on a du mal à oublier, tant il est obsédant. On y voit Pahua, sur son coussin jaune citron, dont le regard nous traverse, nous dépasse, les yeux pleins de candeur, de tristesse. Le titre « never more – plus jamais » en lettres manuscrites, en haut, est une citation du terrifiant poème d’Edgar Allan Poe. Il se trouve qu’un dîner a été organisé en l’honneur de Gauguin avant son départ pour Tahiti en 1891. Dîner auquel assistait Edgard Poe qui avait récité son tout nouveau poème « never more – plus jamais »

Cela parle d’un homme qui a perdu sa bien-aimée, « une enfant rare et radieuse » dit Poe. A sa place, voilà de quoi il hérite : un affreux corbeau qui entre par la fenêtre et refuse de partir. Il ne prononce que ces deux mots « jamais plus ! ». L’inscription « never more ! » en haut à gauche du tableau est bien une référence au poème de Poe, un rappel de l’érudition du peintre et de la grande variété de ses intêrets . A noter aussi les deux personnages mystérieux en arrière-plan : des voyeurs ? la mort, le mauvais esprit qui rodent encore et encore ?

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Gauguin se fait construire une maison traditionnelle au toit de chaume, flanquée d’un atelier.

 

 

 

La syphilis déteint profondément sur son humeur et sa santé. Les plaies ont gagné les deux jambes et il doit les garder bandées en permanence. Tout le monde est convaincu qu’il souffre en réalité de la lèpre, seule Pahua consent à l’approcher et réussit à tomber à nouveau enceinte. Cette future naissance laisse Gauguin indifférent. Il est maintenant certain qu’il va mourir.

Le temps presse, une œuvre testament s’impose, un tableau dans lequel il décide de résumer tout ce qu’il sait et craint. Le titre pose trois grandes questions existentielles.

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Dans une clairière en bord de plage, au crépuscule, une passion se déroule, reprenant toutes les paraboles porteuses de sombres présages.

Ce sont des Tahitiens qui interprètent le cycle de l’existence, de la naissance à la mort, de la jeunesse à la vieillesse en passant par la tentation.

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Un message à la fois bouddhiste et chrétien. Au commencement était la fin. Il veut que ce tableau fasse l’effet d’un évangile et c’est bien le cas.

Pahua est là au commencement. Et là aussi, à la fin.

 

Gauguin abroge dans le même temps la distinction entre la soi-disant civilisation et le soi-disant primitivisme avant tout autre artiste de renom.

C’est une huile sur toile de grande dimension : 1,40m X 3,75m

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Sa toile finie, il prend un sachet d’arsenic – il en utilise habituellement pour cautériser ses plaies – il peut à peine marcher mais part gravir la colline, son calvaire, avec l’intention de se suicider. Arrivé en haut, il ingère l’arsenic mais son estomac le rejette. Il vomit et reste allongé au soleil, incapable de bouger. Le lendemain il réussit à redescendre tant bien que mal, étonné d’être toujours vivant.

Ce sursis inattendu lui donne un regain de vitalité.

 

La nouvelle parvient à Papeete de la tenue prochaine à Paris de la nouvelle Exposition universelle pour fêter le nouveau siècle. Abruti par les médicaments, Gauguin s’arrache à sa stupeur pour produire une série de toiles magnifiques spécialement destinées à l’exposition.

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Rupe Rupe, la cueillette des fruits.

 

 

 

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La récolte des fruits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le temps qu’elles arrivent à Paris, celle-ci est finie. Ces dernières toiles tahitiennes sont parmi les plus belles. La morphine imprègne désormais son art et le libère de toute tension.

Mais la morphine, ça coûte cher et il n’a pas d’argent. Il retourne donc à Papeete où il décroche un travail inattendu. Son père était un journaliste radical, mais qui aurait imaginé qu’il suivrait cette même voie et deviendrait à son tour journaliste ?

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Il devient alors, mais brièvement, le journaliste à scandale le plus célèbre de tout Tahiti ! Il édite même son propre journal « le Sourire », au titre on ne peut plus sarcastique ; il l’écrit, le dessine, le publie, et le remplit des méchancetés les plus caustiques notamment envers ses concitoyens. Sa santé mentale se dégrade, la faute à la syphilis, l’alcool et la morphine.

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Chez lui, à Punaauia, il convie le dimanche, pour des lunchs très arrosés ses amis de la presse de caniveau. Ils y poussent les filles à boire et à se déshabiller.

Il écrit lui-même les menus.

 

 

 

Ces excès ne sont pas sans conséquences : Pahua l’a quitté, les colons le méprisent, ses jambes pourrissent, la maladie a emporté ses principales qualités. Il lui en reste toutefois une, incontestable : son courage.

Il marche avec difficulté, mais l’envie est plus forte que tout de refaire un grand voyage.

Les Marquises ont la réputation douteuse d’être les îles les plus éloignées d’un continent. Pour Gauguin, c’est la destination de choix pour fuir ses congénères.

 

Voyage N°20. Papeete – Les Marquises. 16 septembre 1901

 Lorsqu’il descend de bateau, Gauguin est applaudi par les habitants. Son arrivée a été annoncée, les gens veulent le voir. Mais ce n’est pas le peintre qu’on veut voir, c’est le journaliste à la réputation sulfureuse. Ses attaques répétées contre les colons ont énormément plu aux habitants d’Hiva Oa.

Les Marquisiens sont célèbres pour leur férocité, on les dit cannibales. Gauguin le croit, c’est ce qui l’attire ici.

Cela, ainsi que leur art qu’il imite avec ses noix de coco sculptées.

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Personne n’a réalisé d’inventaire complet de l’art ancestral marquisien. Quand on voit la jungle épaisse qui surplombe le centre d’Hiva Oa, on comprend pourquoi. C’est quasiment impénétrable. Pourtant, disséminés sur l’île, dans les clairières, se trouvent les vestiges les plus mystérieux et troublants de toute la Polynésie.

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Gauguin devait avoir une photo du Tiki géant d’Hiva Oa, ce doit être une des choses qui l’ont attiré dans cette île. Il ne verra jamais cette statue, ses jambes en décomposition ne lui permettent pas d’aller jusqu’à cet endroit difficile d’accès. Là où il débarque, il élit domicile.

Atuona est constitué d’un assortiment de huttes construites entre deux missions, l’une catholique, l’autre protestante.

Gauguin veut bâtir sa maison sur un terrain de la mission catholique. Il va donc à l’église chaque jour pour faire bonne impression et courtise l’évêque local, un implacable barbu, Monseigneur Joseph Martin, qui se laisse d’abord duper. La mission lui vend un terrain de premier choix de 4.000 m2, à 200m de la mer. Le lendemain, il cesse d’aller à l’église.

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Il sculpte alors une statue de l’évêque, un diable cornu qu’il baptise le « Père Paillard. » Il trouve cela amusant, l’évêque, on s’en doute, beaucoup moins.

Ambroise Vollard, avec lequel il est sous contrat, lui verse des mensualités de 300 francs, et lui fournit gratuitement toiles et couleurs, contre un minimum de vingt-cinq tableaux par an, essentiellement des natures mortes dont le marchand a fixé le prix unitaire à 200 francs.

Ses tableaux sur place sont vendus à un prix dérisoire, beaucoup de ses sculptures sont détruites.

La maison que Gauguin construit selon ses propres plans n’est que la troisième bâtisse de deux étages sur l’île. Les autres sont l’église catholique et le magasin local.

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Maison de Gauguin (reconstitution)

 

L’entrée de la maison est gardée par deux grands nus féminins. Au-dessus se trouve le nom qu’il a donné à sa demeure : « Maison du jouir ».

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La mission catholique a dû vite comprendre à qui elle avait affaire. Et ce n’est pas tout : sur les murs, au milieu des photos de famille et des copies de ses toiles préférées, se trouvent 45 photos pornographiques achetées à Port Saïd au cours d’une escale lors de son deuxième voyage à Haïti. Gauguin aime les montrer aux femmes de l’île. Si elles les trouvent amusantes, il glisse la main sous leur paréo et leur murmure des choses à l’oreille…Cela n’est pas très distingué, mais que lui importe à présent !

Il prend un chien, aussi, qu’il nomme Pégo. Toujours dans la provocation, notre Gauguin ! Vous vous souvenez : PGO qui est souvent sa signature, Pégo, ce mot emprunté à l’argot des marins qui signifie « pénis ». On imagine le plaisir qu’il éprouve à appeler son chien, à portée de voix du pensionnat pour filles tenu par les bonnes sœurs voisines. C’est là qu’il se trouve une nouvelle vahiné toute jeune, la mystérieuse Vaeoho, dont on ne sait presque rien, et que Gauguin ne semble pas avoir peinte. L’Eve locale que l’on associe le plus étroitement à sa parenthèse marquisienne est une Polynésienne aux cheveux roux prénommée Tohotaua, qui semble également avoir été son amante. Sa beauté est spectaculaire.

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Gauguin a dû réaliser lui-même ce cliché avant de réaliser les toiles qui rendent hommage à sa rousse et séduisante Marquisienne.

Ce sont ses plus belles toiles.

La beauté, même à la fin de sa vie, parvient à l’émouvoir.

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Tohotaua

 

Rapprochement avec Meyer de Haan (le Pouldu 1889, lorsqu’ils refaisaient la déco de la buvette de la Plage)

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Comment peut-il encore peindre ? Mystère ! On a réalisé des fouilles dans le puits de sa maison à Atuona. On y a retrouvé une véritable petite pharmacie, tout ce qui le maintenait en vie au quotidien. Un remède pour les reins et le foie, des ampoules de morphine et des seringues…

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Invocation (1903)

Symbolisme, l’état primitif toujours recherché, et qu’il trouve ici, une forme de paradis ?

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Totalement dépendant à la morphine, incapable de marcher, couvert de plaies autour desquelles les mouches bourdonnent, il meurt dans la souffrance, le matin du 8 mai 1903, d’une crise cardiaque provoquée par la syphilis. L’enterrement a lieu si rapidement, le lendemain matin, qu’aucune personnalité n’y est présente.

 

 

 

Trois semaines plus tard, l’évêque Martin relate les fais dans un rapport envoyé à Paris : « Le seul événement notable ici », écrit-il, « est la mort soudaine d’un individu méprisable du nom de Gauguin. Un artiste réputé, mais un ennemi de Dieu et de tout ce qui est décent ». L’enterrement précipité, c’est l’état du corps syphilitique de Gauguin qui en est la cause. Il se décomposait rapidement et commençait à sentir.

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Tombe de Gauguin, mort à 58 ans. Noter la présence du dieu Oviri le sauvage au chevet de sa tombe.

On peut lui reprocher d’avoir fui la réalité, on l’a souvent fait.

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Nature morte aux oiseaux exotiques (1902)

Mais ce n’est pas seulement le soleil, les cocotiers et les jeunes beautés qui l’ont attiré ici.

Avec toujours ce rappel aux croyances primitives, constamment mises à mal par le progrès et les religions établies.

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Gauguin voulait moins de civilisation dans sa vie et plus de sens.Il cherchait une chose en laquelle croire, quitte à parcourir le monde pour la trouver. Il avait du courage et du génie.

Son message était que nous pouvions garder notre monde, il s’en était choisi un autre.

 

4 commentaires sur “Les 20 voyages de Gauguin. Episode 5

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  1. J’ai lu avec un grand intérêt les cinq épisodes. Ces séjours polynésiens tragiques et d’une créativité d’une beauté naturelle traduisent bien la personnalité sauvage et explosive du peintre. « Dans mes œuvres il n’y a rien qui surprenne, déroute, si ce n’est ce malgré-moi-sauvage. C’est pourquoi c’est inimitable » écrivait Gauguin en 1903, artiste à l’orgueil démesuré, à la sexualité exubérante, à l’âme barbare et marin par amour des courses océanes. Bravo Daniel !

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  2. Daniel, sois ici remercié chaleureusement pour ce feuilleton consacré à cet artiste : tu lui voues une telle admiration que tu n’as pas hésité, me semble-t-il, à courir le monde sur ses traces et donc à faire les 20 voyages ?

    « Son message était que nous pouvions garder notre monde, il s’en était choisi un autre. » Je rebondis sur cette dernière phrase de tes 5 épisodes que je viens de relire en continu et qui procurent toujours la même impression de vie, de courage et de passion. Cette dernière phrase donne-t-elle ton opinion ou bien t’appuies-tu sur des écrits de Gauguin ?

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  3. Ni l’un, ni l’autre, cette dernière phrase est celle d’un critique d’art, et elle m’est apparue, sous une forme ramassée, bien résumer la vie de Gauguin.
    Elle ne dit rien de son œuvre qui en est le résultat, et là, on n’est pas obligé d’être dithyrambique à tout prix.
    Lorsqu’on le suit dans son parcours, lorsqu’on tente de comprendre l’influence des différents mouvements qui ont animé, voire chamboulé la peinture en cette fin du XIXe siècle, on ne peut qu’admirer l’appropriation qu’il a pu en faire.
    Mais son histoire sentimentale aura aussi beaucoup pesé sur sa manière de peindre.
    Le tout donne un résultat complexe, et changeant au fil du temps, et il est réducteur d’aborder l’œuvre de cet artiste par la seule recherche d’un beau formel, le contexte personnel étant ici essentiel.
    Il m’est donc personnellement difficile de séparer l’homme de son œuvre, et, chaque tableau ou presque pouvant être mis en regard d’un moment de sa vie, mon appréciation sur Gauguin restera globalement…nuancée.

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  4.  » Nous pouvions garder notre monde, il s’en était choisi un autre »
    Merci Daniel pour ce feuilleton très riche qui nous a permis, à nous, pauvres lecteurs, de pénétrer pendant plusieurs épisodes dans le monde tantôt paisible, mais souvent torturé de Gauguin.
    A croire, que décidément, le génie,a besoin de la souffrance de l’artiste pour pleinement s’exprimer. Je suis en effet restée sous le charme des dernières toiles où on ressent bien le tourment du peintre avec en permanence la présence plus ou moins visible du diable ou de quelques démons locaux.

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