A la découverte de Weimar, épilogue

 par Danielle Morau       

La Grande histoire se déroule encore à Weimar pendant la première moitié du vingtième siècle… Je vous propose une vision en accéléré du film de trois événements majeurs

Le Mouvement architectural du Bauhaus de 1919 à 1924

 

En 1901, l’architecte belge Henry Van de Velde fonde à Weimar une école d’Arts décoratifs et industriels. Comme il doit quitter le pays en 1914 à cause de sa nationalité, il en confie la direction à Walter Gropius. Le 12 avril 1919, celui-ci transforme cette école qui devient le Bauhaus (Maison de la construction). Désormais, artistes et artisans oeuvrent ensemble dans des ateliers spécialisés.

épilogue n°1

Escalier du bâtiment du Bauhaus, vu de l’extérieur et de l’intérieur.

épilogue n°2

Trois ans plus tard, Walter Gropius intègre les méthodes industrielles pour fabriquer en série des objets et des logements fonctionnels, accessibles au plus grand nombre. Paul Klee, Kandinsky, Le Corbusier, Chagall et bien d’autres viennent travailler à Weimar. Mal accepté par les élites politiques locales, le Bauhaus doit quitter Weimar en 1924 pour s’installer à Dessau-Rosslau.

 

La République de Weimar de 1918 à 1933

 

Le 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice, l’Empereur Guillaume II abdique et la République est proclamée. L’assemblée constituante siège dans le Théâtre de Weimar. La Constitution est adoptée le 31 juillet 1919 et la nouvelle République gardera le nom de son lieu de naissance.

épilogue n°3
La scène du théâtre de Weimar en 1919

La montée en puissance du parti national socialiste mène cependant, avec la nomination d’Adolf Hitler comme chancelier en 1933, à l’avènement du Troisième Reich.

 

Le Camp de Buchenwald de 1937 à 1945

 

Le 3ème Reich a laissé de profondes marques à Weimar. A quelques kilomètres au nord, au milieu d’une forêt de hêtres (Buchenwald), le camp de concentration a été construit dès 1937 pour interner des prisonniers politiques allemands. Entre 1939 et 1945, il hébergera 250 000 détenus de 30 nationalités différentes dont 10% de Français : un détenu sur cinq ne survivra pas. Ce camp fut le premier à être libéré par les Alliés.

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Emplacements des baraques
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La résistance française

Une seule évocation de ce camp se trouve dans la ville : l’ancienne place Adolf Hitler est devenue la place Jorge Semprun, écrivain franco-espagnol, déporté à Buchenwald.

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Weimar hier

 

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Weimar aujourd’hui.

La tribune à colonnades est remplacée par un grand centre commercial et la place, par un espace vert avec parking souterrain. En revanche les bâtiments latéraux datant du 3ème Reich sont restés. L’ensemble architectural, froid et dépareillé, laisse l’impression étrange d’un passé douloureux, loin d’être révolu.

Weimar en 2019

Weimar connaîtra d’autres régimes politiques, de la RDA à la réunification allemande, sans cependant être de nouveau au centre de l’Histoire. En revanche, des jubilés successifs donnent l’occasion de porter un regard sur cette riche histoire que nous avons esquissée.

Ainsi, depuis la fin de 2018, Weimar fête le centenaire de la proclamation de la République de Weimar : une exposition au Musée de la Ville et diverses manifestations sont organisées pour la saison 2019. Mais surtout, le 6 avril 2019, pour le centenaire de la création du Bauhaus, un nouveau musée a ouvert ses portes. Le même jour, un autre musée, construit en 1869 par le Grand Duc Karl Alexander et restauré en 2018, a célébré ses 150 ans.

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Le nouveau musée du Bauhaus en décembre 2018

Aujourd’hui, Weimar est prête à accueillir les touristes de tous les pays, curieux de découvrir « in situ » son passé prestigieux mais aussi sa gastronomie !

épilogue n°9
« Thüringer Klösse », boulettes de pommes de terre fondantes

 

 SALVE 

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Welkomst

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 Bienvenida

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6 commentaires sur “A la découverte de Weimar, épilogue

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  1. Voilà qui achève un tour d’horizon complet sur bien des événements importants, historiques et culturels, qui ont marqué la ville de Weimar.
    Merci à Danielle qui aura permis à chacun de replacer au bon endroit et au bon moment les pièces d’un puzzle probablement en ordre disparate dans l’esprit de beaucoup.

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  2. La République de Weimar de courte durée (1919-1933) a été un moment révolutionnaire dans le domaine de l’art, de l’architecture et de la littérature. L’Allemagne sous le choc de la défaite de la guerre 1914-18 a connu un immense sentiment d’incompréhension et de frustration, y compris de la part des élites, et, dans un environnement social tumultueux voire de guerre civile, Weimar a vu éclore une production artistique et scientifique explosive. Les artistes avant-gardistes, notamment les peintres, expriment une pulsion brute, iconoclaste, hostile au capital, à la bourgeoisie et à l’autoritarisme prussien.
    « Art dégénéré » au réalisme cru et à l’érotisme affirmé, il se voulait au centre de la conciliation et du peuple. Critique impitoyable et cynique du conservatisme, il peignait les horreurs de la guerre, la décadence morale et la misère sociale.
    Cri libertaire et coup de poing dans la gueule Weimar fut créatif et novateur. Ce mouvement libérateur et primal par son modernisme influença toute l’Europe intellectuelle et artistique.
    Bien sûr nous connaissons l’influence du Bauhaus et de ses architectes à travers la planète mais la peinture ,le cinéma, la littérature, le théâtre, la philosophie et même la musique furent d’une façon ou d’une autre concernés par le mouvement.
    J’ai un faible particulier pour les peintres de Weimar qui ont su mettre en évidence l’aspect tragique de cette époque. Otto Dix, George Grosz, Max Beckmann, Franz Radziwill, Christian Schad… ont su extérioriser les traumatismes et les troubles d’une société à la dérive. Paul Klee et Wassily Kandinsky ont opéré au Bauhaus de Weimar. Ils montrent, si c’était nécessaire, que Weimar a été un véritable bouillon de cultures sans limite, une effervescence chaotique irriguant l’ensemble des disciplines et brisant les carcans de l’académisme et de la morale institutionnelle.
    Enfin je tiens à souligner le rôle majeur qu’ont joué les cabarets qui sur des musiques audacieuses présentaient des scènes et des acteurs provoquants, mélange de défi et de désespoir.
    Le régime nazi totalitaire et nationaliste ne pouvait qu’avoir la haine de Weimar.
    Merci Danielle pour la belle série des articles sur Weimar.

    Aimé par 2 personnes

  3. Une sorte d’épisode 6 à l’histoire de Weimar, les images en moins, tout y est cette fois!
    Un mot qui pourrait peut-être remplacer celui d »incompréhension » pour exprimer les sentiments prévalant chez les Allemands au lendemain de cette guerre atroce de 14-18: celui d »humiliation ».

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  4. Quelle belle envolée, Alain : je te suis reconnaissante d’avoir complété mon petit épilogue. J’avais choisi de rester sobre et neutre sur cette période 1919-1945 mais, dans le cadre d’un commentaire, tu as parfaitement le droit d’exprimer ton opinion, ce que tu fais avec conviction. En outre, j’avoue ne pas bien connaître le Bauhaus et je comptais sur mon second séjour à Weimar pour visiter l’ancien musée qui avait déjà fermé ses portes définitivement… Et puis, last but not least, je voulais finir vite cette longue histoire d’une ville dont nos lecteurs commençaient sans doute à se lasser !

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  5. Oui Daniel on peut parler aussi d’humiliation mais la défaite s’est traduite, dans un premier temps, par un sentiment d’incompréhension totale tant de l’aristocratie, de la bourgeoisie cultivée, des grands intellectuels que du peuple, persuadés que l’Allemagne était invincible et que sa puissance avait vocation à dominer le monde. Les artistes de la République de Weimar ont fait le procès de cette élite suffisante, moralisatrice et au final responsable du désastre.

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  6. Merci Danielle … Pour moi, je n’avais pas un mélange dans ma tête tout simplement fort peu de choses .. et j’ignorais même tout ou presque de Liszt qui m’est, en plus devenu sympathique… J’ai lu le reste de l’épisode 5 avec le piano : c’était très agréable et une excellente idée . Bravo aux gens du site. Le tableau de la princesse aux bras croisés montre qu’elle avait certainement beaucoup de caractère … et j’aimerais pouvoir de temps en temps m’habiller ainsi !!

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