Les 20 voyages de Paul Gauguin Episode 2

 

par Daniel Sueur       

Dans un premier article nous avons décrit les jeunes années de Gauguin jusqu’à ce que se précise réellement sa vocation de peintre. Il s’est déclaré « artiste » et c’est désormais en artiste qu’il va vivre, et les vicissitudes de la vie n’y changeront rien !

Voyage N°5 – Paris – Rouen.

De janvier à novembre 1884, il déménage à Rouen auprès de Camille Pissarro et réalise pendant cette période une quarantaine de toiles, principalement des vues de la ville et de ses alentours.

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Rue Jouvenel, Rouen (1884)

Ce que fait Pissarro à la même époque est bien dans le même esprit : le motif laisse peu à peu la place aux impressions données par la lumière et la couleur.

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 Mais ce n’est pas suffisant pour vivre et la misère n’est pas loin.

 

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Mette par Gauguin (1884)

 

Mette n’est pas du tout prête pour cette vie de bohème et n’a pas été habituée à tirer le diable par la queue.

Habituée aux robes élégantes et aux soirées fastueuses, elle décide de rejoindre sa famille au Danemark. C’est censé être temporaire, une parenthèse, mais à peine arrivée à Copenhague, Mette décide d’y rester. Gauguin ne l’accepte pas et va bientôt la rejoindre.

 

 

Voyage N°6 : Paris- Copenhague.

Il réussit à décrocher un emploi à Copenhague : il sera le représentant au Danemark d’un fabricant français de toiles goudronnées. Mais l’étude de marché a dû être bâclée car Gauguin découvre vite que les Danois n’ont pas attendu les Français pour fabriquer le même type d’équipement. Grande déception chez notre représentant de commerce qui reporte sa colère sur son pays-hôte puisqu’il écrira dans ses mémoires : « Je déteste les Danois ! ». Mette va donner des cours de français, c’est elle qui va faire bouillir la marmite, tandis que Gauguin, l’encombrant bohémien qu’elle a ramené de Paris, est relégué hors de vue, au grenier.

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C’est dans cette petite pièce munie d’une lucarne, qu’il va peindre son premier véritable autoportrait.

 

 

 

 

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Gauguin ne peint qu’une poignée de toiles à Copenhague. Les vues lui plaisent mais, par – 10°C, il fait trop froid pour peindre dehors. Ce qui n’enlève rien au charme du rendu d’une ville glaciale, vue par un impressionniste français.

 

 

 

 

 

On fait de plus en plus sentir à Gauguin qu’il est devenu indésirable : non seulement il n’a aucun revenu, mais ses opinions politiques et même son accoutrement déplaisent. Mette et sa famille finissent carrément par le mettre à la porte.

 

On dit souvent de Gauguin qu’il a quitté sa femme et abandonné sa famille. A Copenhague en tous cas, c’est bien l’inverse qui se produit. Pour de bonnes raisons sans doute, mais ça change quand même la donne.

 Voyage N°7 : Copenhague – Paris.

Gauguin rentre donc précipitamment à Paris avec le peu glorieux projet professionnel de …vagabond fauché ! Il est hébergé, lui et son fils Clovis par l’ami fidèle Schuffenecker. Quoique gagnant peu d’argent avec ses tableaux, il voit ses œuvres souvent bien accueillies par la critique.

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Cet hiver de 1885, il se lance dans la poterie et pour sa toute première céramique, il réalise ce faune.

Les faunes, les satyres, Pan, les diverses représentations d’un être mi-homme, mi- bouc sont à la mode au XIXe siècle, c’est l’époque où Darwin devient célèbre. C’est l’homme primitif qui se cache derrière l’homme civilisé, un concept qui plait beaucoup à Gauguin.

 

 

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On remarque qu’il utilise, pour la première fois, le monogramme PGO qui reviendra souvent dans ses lettres et sur ses toiles. Les initiales figurent sur le socle du faune. PGO, prononcé Pégo, est un terme qu’il aurait appris lorsqu’il était marin – de l’argot des marins britanniques signifiant « pénis ». Les marins se traitaient de « pégo » lors de disputes à bord. En choisissant ce monogramme « Pego », il fait sans doute référence à ses propres problèmes sexuels avec Mette.

Gauguin s’est désormais créé un lien avec son moi primitif, il passera le reste de sa vie à approfondir cette quête.

1886 est considérée comme la dernière année du groupe des impressionnistes qui va éclater dans différentes directions, que l’on regroupera sous le vocable « post-impressionnisme ».

Voyage N°8 : Paris – Pont-Aven

En juin 1886, Gauguin décide de se rendre à Pont-Aven, petit bourg breton situé entre Concarneau et Quimperlé, haut-lieu de la peinture déjà bien avant les années 80 : l’endroit est fréquenté par de nombreux artistes notamment étrangers (Américains, Britanniques, Polonais, Scandinaves) et quelques Français qui sont séduits par les paysages champêtres bordant l’estuaire de l’Aven ou la belle côte rocheuse. Ils prennent souvent pour modèles les habitants vaquant à leurs occupations ou les jeunes femmes qui acceptent de poser.

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Cet été-là, ils sont une bonne centaine qui se répartissent le plus souvent entre la pension Gloanec (où s’installe Gauguin)

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et l’hôtel Julia.

 

Ce sera pour Gauguin l’occasion de nouvelles influences.

Première et brève rencontre avec Emile Bernard, tenant du cloisonnisme, technique picturale cernant chaque plan de couleur d’une fine cloison, un peu à la manière de la technique du vitrail. Gauguin adhère.

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Exemple avec les moissonneurs.

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La critique verra dans la systématisation du cloisonnement un développement du japonisme. L’École de Pont-Aven, dont on attribuera a posteriori la paternité à Paul Gauguin et qui sera de toute manière son meilleur partisan, servira de catalyseur et de diffuseur à cette technique. D’autres artistes, tels Maurice Denis, Vincent Van Gogh ou Henri de Toulouse-Lautrec se rapprocheront du cloisonnisme, chacun à sa manière.

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Voici une estampe japonaise dans laquelle ce cloisonnement donnera des idées à nos peintres français,

 

 

 

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ainsi qu’une application de cette technique par Van Gogh. On verra que les tableaux de Gauguin réalisés plus tard à Pont-Aven vont suivre cette tendance, avec toutefois un accommodement à sa manière.

 

 

Dans ses lettres de Pont-Aven Gauguin n’évoque pas tant le côté pittoresque de la région que la qualité et la quantité de nourriture servie à la pension. Il se « déguise » en Breton et prend du bon temps, se déplace peu. Si on localise les lieux où il s’est rendu d’après ses toiles, ils se situent dans un périmètre de 300m autour du Gloanec.

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Les lavandières de Pont-Aven

 

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Le champ de Derout-Lollichon (Pont-Aven)

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Il adopte la chaussure de la région et s’achète des sabots.  Par la suite il sculptera et décorera les siens.

 

 

Il a trente-huit ans, le double de la plupart des autres parias. Il devient naturellement le chef de la bande qui se donne du bon temps,  comme lors de cette baignade au moulin du Bois d’Amour.

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L’été prend fin, tout le monde rentre à Paris. En avril 1887, il a l’idée saugrenue de se rendre à Panama.

 

4 commentaires sur “Les 20 voyages de Paul Gauguin Episode 2

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  1. Bonjour Daniel, pourrais-tu me dire pourquoi ce petit village breton a été choisi par tous ces artistes bien avant le séjour de PGO ? Peut-être un artiste y vivait-il déjà ou bien … Ton épisode 2 est très intéressant et j’attends le départ pour PANAMA !

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  2. Chère Danielle, il semble bien que le premier à avoir fréquenté Pont-Aven ait été le peintre américain (mais né anglais) Robert Wylie, dès 1864. Il découvre l’endroit et convainc certains collègues anglo-saxons et polonais de l’accompagner. Des marchands de couleurs et des galeries s’installent alors et la municipalité encourage le mouvement en autorisant les débits de boisson à rester ouverts jusqu’à 22 heures.Il n’en fallait pas plus pour « lancer » Pont-Aven » comme repaire de peintres! (source: Wikipedia)

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