Quand la Sibérie et le Périgord se rencontrent…

par Nicole IMBERT-DEGRAVE

Etant revenue sur la terre de mes aïeux, et flânant sur les bords de la Vézère, c’est dans le petit village de Saint Léon sur Vézère, classé parmi les plus beaux villages de France, au cœur du Périgord Noir, que j’ai fait la connaissance d’ Olivier Picquart, sculpteur sur ivoire de mammouth.

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On pénètre dans cette petite boutique, installée sur la place de l’église, et tout de suite, on est saisi par la sobriété et la beauté des pièces présentées. Des colliers, des boucles d’oreilles, des bracelets d’une grande pureté de ligne, mais aussi des statues étranges, semblant sortir de temps immémoriaux, nous interpellent, et nous donnent envie d’en savoir plus sur ce créateur.
Très simplement, Olivier Picquart a accepté de se prêter au jeu des questions-réponses, et de nous expliquer comment il est arrivé à ce type de création et pourquoi ce matériau hors du commun.

C’est à la suite d’une succession d’expériences plus ou moins longues qu’Olivier Picquart a soudain trouvé sa voie. Après avoir vécu pendant plusieurs années entre la France et l’Irlande, où il a rencontré sa compagne, et après un parcours passant du théâtre à la menuiserie, puis à la sculpture sur bois (diplômé de l’ESEA d’Avignon en 2008), il s’est concentré finalement sur le travail sur ivoire de mammouth.

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Un petit détour s’impose cependant avant d’aller plus loin, pour admirer la magnifique tête de Silène, sculptée par Olivier Picquart, avant qu’il ne renonce au travail sur le bois.

 

 

 

Et puis quelques années ont passé à suivre les marchés et les salons pour proposer ses créations. Son style s’est affiné et affirmé, ses présentations se sont améliorées et enfin, l’envie d’un projet commun l’a conduit en 2015 à ouvrir une boutique à Saint Léon sur Vézère.

Pourquoi Saint Léon ? Réponse immédiate : pour un besoin de cohérence.
La proximité d’un univers où l’homme préhistorique a vécu, a peint et a déjà créé des bijoux. Les milliers de perles de Castel Merle (à 1,5 Km de Saint Léon) sont en effet un témoignage de l’existence ancestrale d’une bijouterie datant d’environ 37.000 ans.

 

 

Nos ancêtres avaient également un goût pour la représentation de la femme et sculptaient déjà des Venus aux formes généreuses. A son tour, Olivier Picquart a reproduit sous diverses compositions (statues, pendentifs…) ces femmes venues du fond des âges.
« Sculpteur sur bois de formation, un ami coutelier m’a « refourgué » un morceau d’ivoire de mammouth, si petit que je ne pouvais qu’en faire un bijou. Et puis voilà, tout a commencé ».

 

 

 

 

 

 

 

 


La matière, la voici, et Olivier Picquart nous invite dans son atelier.
C’est la caverne d’Ali Baba ! Là se trouvent rassemblés des morceaux d’ivoire de mammouth, mais aussi des bois de renne , des bois d’élan,…

 

Bref, l’atelier d’un artiste, et au milieu de tous ces matériaux, on a du mal à imaginer comment à partir de pièces aussi brutes, Olivier Picquart réussit à créer des bijoux aussi fins.
Alors, la visite continue, et Olivier Picquart nous présente son atelier de fabrication : on peut ainsi découvrir des outils à bois (scies, gouges…) mais aussi des outils de dentiste (meulettes), de bijouterie (limes, soudure, meules à polir…) et de scrimshaw (loupes et aiguilles à graver)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous redescendons dans la boutique, et à la question « quelle a été une de vos premières créations en ivoire de mammouth ? », Olivier Picquart, nous présente un pendentif en spirale. On y retrouve toute la technicité du travail sur le bois, mais aussi la pureté des lignes accentuée par la blancheur de l’ivoire et cette impression de mouvement et de souffle.

 

« Un coup de foudre avec l’ivoire et le mammouth. Peut-être ai-je à une époque fait un pacte avec le grand mammouth ! Et puis, il y a le bois d’élan et de renne, certaines cornes, le chêne de tourbière, des os antiques (morse, cheval, mammouth,) l’ambre, la nacre… »

 

 


Mais, tout de suite, qui dit ivoire, pense immédiatement au massacre des éléphants, et à tout le braconnage lié à ce type de commerce. Notre interlocuteur nous donne immédiatement les éléments de réponses en indiquant que tout est réglementé et autorisé. C’est en effet principalement en Sibérie que l’on peut s’approvisionner de façon tout à fait légale.
Il faut savoir que c’est dans le permafrost (terme qui désigne un sol de subsurface dont la température reste en-dessous de 0°c pendant plus de deux ans consécutifs) que sont congelés des plantes et des animaux anciens dont les mammouths. L’été, une partie du permafrost se réchauffe, libérant des restes d’animaux fossilisés. Chaque année, plusieurs dizaines de tonnes d’ivoire de mammouth sibérien refont surface et sont extraites. En effet, si une défense de mammouth n’est pas ramassée à temps, elle se décompose et est définitivement perdue.
Olivier Picquart nous rappelle que c’est au cours du IXe siècle que l’ivoire de mammouth a commencé à être exporté, et a été utilisé en Europe depuis le moyen-âge. Lors de la colonisation de l’Afrique, c’est l’ivoire d’éléphants qui a été privilégié, mais depuis les réglementations et les interdictions portant sur l’ivoire d’animaux vivants et leur protection, l’ivoire de mammouth a repris toute sa place et sa légitimité. Aujourd’hui, il existe un marché tout à fait légal avec des autochtones ayant un permis pour ramasser, le tout étant remis à des centrales d’achat qui doivent avoir l’accord des autorités moscovites pour sortir l’ivoire du territoire, et ce dans le respect de la CITES (Convention Internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction). Une défense de mammouth peut mesurer jusqu’à 4m de long et peser entre 80 à 100 Kg. Il est évident que ce sont des morceaux choisis en fonction de leur qualité et de leur couleur qui vont faire l’objet d’un achat. En effet, les défenses qui sont restées pendant des milliers d’années dans le sol ont parfois été en contact avec des minerais qui ont pu les colorer de façon surprenante.
Mais parcourons plus avant les créations de notre artiste pour nous arrêter sur des pièces étranges, tantôt comiques, tantôt effrayantes, certaines rappelant un univers peuplé de sorciers et de chamans.
« Grâce à ces matières, j’évolue en plein dans un imaginaire, où se mêlent les esprits des animaux avec leur silhouette, leurs odeurs et leurs mouvements, un décor de steppes et de grottes, des hommes taillant des objets en os ou en ivoire de mammouth… »

 

 

 

« …mais aussi des images de belles dames et d’élégants messieurs de l’entre-deux guerres, cette époque où l’art était au plus raffiné entre belles lignes et sobriété des matières ».

Au sein de l’exposition, on distingue une préférence marquée pour le pendentif, même si ces derniers côtoient de belles bagues ou encore de fines boucles d’oreilles, mais aussi des boutons de manchette pour ces messieurs. L’explication, Olivier Picquart nous la livre : « Premier bijou arboré par l’homme, le pendentif se place près du cœur. Un miroir pour celui qui le porte, un miroir pour celui qui l’observe. Demeure en lui une dimension sacrée. Le pendentif est mon bijou préféré »
Alors, si comme moi, vous êtes sensible à la pureté de ces lignes, à l’originalité de la création, à l’idée de porter sur la peau un petit morceau de ces géants qui ont vécu des dizaines de milliers d’années avant nous et qui ont fasciné notre imaginaire, alors rendez-vous sur le site www.piqoli.com, ou sur Facebook Piqoli Galerie d’Art vous y ferez de belles découvertes…
…ou mieux encore, poussez donc la porte et …

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2 commentaires sur “Quand la Sibérie et le Périgord se rencontrent…

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  1. Alléchée par cet article, je suis partie à saint-Léon et je n’ai pas regretté ma visite : la douceur de l’ivoire, l’originalité des bijoux et des statuettes et l’accueil ! Merci pour cette découverte.

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