En route pour une contrée de rêve !

Un reportage-photo inédit

par Madeleine Boisjoly.

Nous voilà presque parvenus au terme d’une longue croisière à bord du paquebot « L’Eclipse » mais ce sera le début d’un nouveau périple. Naviguons-nous sur le Rhin ? Défilent sous nos yeux des paysages de rêve.

Nous voilà arrivés à notre village d’accueil, mais où sommes-nous ? En ALASKA, avec des baleines à bosse, des poissons multicolores dans son Golfe et des morses sur la banquise.

Demain l’aventure commence ! Nous assistons, en soirée, à une présentation rapide de cette immense contrée.

En 1959, l’Alaska a été proclamé 49e Etat des Etats-Unis d’Amérique ; il est trois fois plus étendu que la France pour cent fois moins d’habitants dont 40 % vivent à ANCHORAGE, la plus grande ville, mais la capitale est JUNEAU, située à 1 350 km au sud-est, près de la frontière canadienne.


Nous sommes logés sur l’île de Sitka, l’ancienne capitale russe, face à la capitale de l’Alaska, JUNEAU, que nous survolerons demain. Ensuite, notre périple se poursuivra vers le nord (Skagway, Dyea, Piste de Chilkoot, Lac Bennett, Dawson) puis vers le sud-ouest pour rejoindre ANCHORAGE.

Au cours de notre séjour, nous allons découvrir une toute petite partie de l’Alaska en suivant la route des chercheurs d’or du Klondike.


En 1896, George Carmack fut contraint par la loi de déclarer sa découverte de pépites d’or sur la rive du ruisseau Rabbit, près de Forty Mile, dans la région du Yukon. Dès juillet 1897, des milliers d’aventuriers se sont rués à bord de navires dans les ports de San Francisco et de Seattle pour rejoindre Skagway en Alaska.


Cela se passait trente ans après que les Américains eurent acheté ce territoire au Tsar Alexandre II. Par chance, cette opération incongrue de 1867 (une transaction de terres immenses entre deux nations) et très onéreuse (sept millions de dollars) fit le bonheur de ceux qui découvrirent les pépites d’or dont tous les chercheurs rêvaient…

Sachez que, pour obtenir un gramme d’or, il convient de rassembler entre douze et seize pépites mesurant de deux à cinq millimètres de long. Les quelques pépites découvertes près de la rivière Klondike en Alaska suscitèrent l’immense espoir d’en trouver des millions d’autres. Aussi l’annonce de cette « Discovery Claim » (déclaration de découverte) se propagea-t-elle comme une traînée de poudre.

A Seattle, le samedi 17 juillet 1897, le journal annonçait : le steamer Portland transporte des stocks de métal jaune pour une valeur de sept-cent-mille dollars. A son bord, se trouve soixante-huit hommes riches. « Certains ont cinq-mille dollars, beaucoup ont plus et quelques-uns rapportent cent-mille dollars chacun ». Alors, ce fut la ruée vers l’or et plus de cent-mille personnes partirent tenter leur chance en Alaska.

Chaque passager sur un bateau à destination de l’Alaska versa trente-quatre dollars pour le trajet et le transport d’une tonne de marchandises destinée à assurer sa survie à Dawson : avec un peu de chance, le retour sur investissement risquait d’être considérable !


Nous quittons notre gîte pour survoler, en petit aéroplane, la capitale Juneau, avant d’atterrir à Skagway, point de départ de la route des chercheurs d’or que l’on nomma les « klondikers ».

JUNEAU

Le développement de Juneau est lié à la pêche intensive des saumons Sockeye d’Alaska que l’on capture au moment où ils remontent du Pacifique dans les fjords pour retrouver leur lac de naissance, frayer et pondre avant de mourir.

Fjords, lacs et glaciers dans les environs de Juneau

Page 568* : Des millions d’oeufs extrêmement petits, des oeufs de saumon rouge du Pacifique, furent déposés (par leurs mères) dans des torrents se déversant dans ce lac.


Une fois les parents décédés, chaque oeuf, fertilisé par la laitance mâle, reste six mois dans la frayère, sous le gravier qui le protège. L’embryon devient un alevin, puis un fretin lorsqu’il réussit à rejoindre le lac. Deux années s’ écoulent avant que le saumon ne commence sa migration vers l’eau salée du Pacifique. Il y vit six ans avant d’entamer le voyage du retour dans « son » lac de naissance !

SKAGWAY

Dès le débarquement, les aventuriers devaient s’occuper de transporter leurs équipements et fournitures à l’intérieur des terres pour remonter vers le Nord, vers le Klondike. Cette appellation provient de « Thron-Diuck » qui correspond au nom de la rivière dont un petit affluent assura la fortune de George Carmack.


Page 437* : En Alaska, le bateau ne vous dépose pas à terre. Il n’y a aucun quai pour accoster. Il jette l’ancre au bord d’un grand banc de sable. Vous devrez vous éreinter comme des bêtes pour apporter vos affaires à terre… Ensuite, il vous faudra les transporter, une caisse après l’autre, à quinze kilomètres dans les terres sur des routes qui sont de simples pistes.

Skagway hier
Skagway aujourd’hui

Au départ de Skagway, deux possibilités existent pour arriver au lac Bennett : soit par la piste White Pass en suivant un chemin long mais relativement aisé, soit par la redoutable piste Chilkoot pour un trajet plus court.

Les « klondikers » les plus courageux optaient pour la seconde solution de façon à arriver avant les autres et pouvoir choisir les meilleures concessions !

Page 437* : Vous arriverez au pied d’une montagne très abrupte – aucun cheval ne peut y monter – et, dans la neige épaisse, il vous faudra monter chaque kilo jusqu’en haut. L’angle de la pente … trente-cinq degrés, c’est inhumain. Chacun de vous devra transporter une tonne… Vingt-cinq kilos représentent à peu près ce que le plus solide des hommes peut porter sur cette montagne. Alors, calculez : si vous avez une tonne à déplacer … (cela fera quarante montées couplées avec quarante descentes).


Nous nous engageons donc sur le chemin le plus difficile, en direction de Dyea, munis chacun d’un sac à dos pesant moins de vingt-cinq kilos ! Autrefois, le transport des bagages pouvait être effectué par des charretiers entre Skagway et Dyea.


DYEA

Partis de Seattle ou de San Francisco, certains navires parvenaient directement au fond du fjord. Les chercheurs d’or n’avaient plus que 900 km à franchir pour arriver au Klondike !

Les navires accostaient en s’amarrant à des pontons sur pilotis de bois dont il ne subsiste que des vestiges.

Page 438* : Pourquoi une telle quantité (de bagages) ?… en haut de la montagne se trouve un poste de la Police Montée. Ils ne vous laisseront pas entrer dans leur pays avec moins d’une tonne de provisions… Ils ne veulent pas que vous mourriez de faim à Dawson City… Vous devrez emmener, outre les vivres, deux choses essentielles : une bonne scie pour vous construire un bateau au lac Bennett … et une pelle légère … pour redescendre (la pente du Chilkoot en glissant sur la neige après chacune des quarante montées avec vingt-cinq kilos de bagages).


Entre Dyea et le col de Chilkoot, la piste d’environ trente km est rocailleuse, en pente : des équipes de porteurs proposaient leurs services mais ceux qui ne pouvaient pas les payer devaient faire des allers-retours. Se posait alors le souci de la sécurité des bagages déposés dans une cache mais non surveillés par leur propriétaire pendant qu’il cheminait vers la halte suivante.

Page 459* : sur la frontière de l’Arctique où piller la cache d’un homme pouvait provoquer sa mort, le vol demeurait impardonnable… Dans un pays sans loi régnait une loi suprême : ne jamais violer une cache.

Col CHILKOOT

Ce col (altitude 1 110 mètres) marque la frontière des Etats-Unis avec le Canada.

Les deux pistes sont constituées de marches de glace : celle de gauche, scandée par des barres transversales pour le repos, ressemble de loin à une échelle haute de trois-cents mètres (« Les Echelles ») ; la piste de droite, plus longue et moins raide, s’appelle « Les Marches d’or ».

Page 462* : Une fois au milieu de cette chaîne humaine, il était impossible de se reposer ou de faire demi-tour : on se trouvait sur un sentier abrupt montant vers l’enfer… Dans le Chilkoot, personne n’aidait personne.

Au sommet, chaque voyageur trouve un endroit pour stocker ses bagages : ce sera sa cache.

Au sommet du Chilkoot

Page 462* : au sommet de la montagne, un corps de gendarmes résolus leur dit : « vous n’avez pas le droit d’entrer si vous n’apportez pas de quoi vous suffire pendant un an, notamment des vivres ».

La Police Montée au nord-ouest du Canada

Page 466* : Descendre le versant canadien du Chilkoot Pass fut presque un plaisir … Le traîneau volait en sautant sur les bosses de la neige. Quand tout se trouva en bas de la montagne, la quinzaine de kilomètres jusqu’au lac Lindeman consistait en une pente douce… Les transports successifs sur le lac Lindeman, une dizaine de kilomètres dans chaque sens, semblaient une aventure de rêve : la surface glacée, parfaitement lisse, permettait au traîneau de glisser comme sur un miroir.

En ce qui concerne notre randonnée, faute de traîneau, nous cheminons sur la rive !

Page 472* : Les berges du lac Bennett encore pris par les glaces étaient envahies par une ville de tentes contenant environ vingt-mille prospecteurs en puissance, chacun en train de construire son bateau… les Montés exigeaient que chaque voyageur construise ou achète un bateau capable non seulement de naviguer les huit-cents et quelques kilomètres jusqu’à Dawson, mais aussi de résister à un redoutable canyon et à plusieurs séries de rapides violents.

Après cette randonnée de plus de soixante kilomètres depuis Skagway, nous quittons la petite ville de Bennett par le train afin d’arriver à Dawson.

Nous traversons ainsi quelques chaînes montagneuses qui hébergent sans doute ours bruns et loups gris.

DAWSON

Cette ville n’existait pas du tout en 1896 ; un an plus tard, cinq-mille habitants ont construit maisons et commerces ; en 1898, ce sont trente-mille personnes qui y vivaient mais le mouvement s’inversa dès 1899, quand l’or fut découvert dans une autre région de l’Alaska.


Page 429* : La rue principale de Dawson – le site n’était qu’un marécage dix-huit mois plus tôt (avant le 16 décembre 1897) – s’appelait Front Street et ne manquait pas de pittoresque avec tous ses saloons, son théâtre, un dentiste, un photographe et quarante autres établissements qui invitaient les mineurs à se séparer de leur or.

Dawson, hier…

…et aujourd’hui

Payer avec de la poudre d’or

Ces enfants, une fois devenus adultes, eurent peut-être l’occasion de voir le film de Charles Chaplin « La ruée vers l’or », tourné en 1925 et dont l’action se situe à Dawson.

Notre programme ne prévoit pas de séance de cinéma mais la visite guidée d’une concession d’or en bordure de la rivière Klondike.

L’or du KLONDIKE

La ville de Dawson est bordée par la rivière Klondike qui vient de l’Est. Les premiers orpailleurs ont obtenu des emplacements au bord de cette rivière ; les suivants durent tenter leur chance en creusant des puits dans le permafrost, un peu en retrait de la rive.

Page 396* : Dans un ruisseau calme qui méandre en terrain presque plat, l’or tombera dans une courbe où la vitesse relative de l’eau ralentit. Mais toutes les particules d’or se poseront quelque part. Trouver cet or de surface s’appelle « miner en placer ». L’image classique du mineur d’or alluvial est celle d’un barbu avec une espèce de cuvette à la main, sur le bord d’un ruisseau, en train de secouer quelques poignées de gravier pour voir s’il contient des particules d’or. Ensuite, il construira le « débourbeur », sorte d’auge dans laquelle il devra verser des quantités d’eau pour laver le gravier.


Pour les orpailleurs qui n’avaient pas accès à la rive, la quête de l’or était beaucoup plus éprouvante. Cela commençait par la coupe du bois pour faire du feu …

Page 433* : Nous allumons un feu chaque nuit entre septembre et mai ; le feu ramollit la terre (le permafrost) sur une vingtaine de centimètres. Le matin venu, on creuse ces vingt centimètres et on les entasse là-bas… On creuse jusqu’à ce qu’on ait un puits de dix mètres de fond… Quand vient l’été, on passe toute cette terre à l’eau et on trouve de l’or. Peut-être… Pendant l’hiver, il y a des millions à l’air libre autour de tous ces trous. Et ils restent là où ils sont car si un idiot touche à une poignée de ma boue gelée, cinquante hommes sont prêts à lui tirer dessus.

Des arbres furent aussi abattus pour construire des maisons en rondins, des terrains furent défoncés, mais, ici et là, quelques fleurs subsistèrent, identiques à celles que nous apercevons aujourd’hui. Par ailleurs, espérons que les orpailleurs malchanceux ont au moins découvert en Alaska la richesse éphémère des aurores boréales.

Page 917* : … par une température douce de moins trente et un sans vent, ils purent assister au spectacle incomparable de draperies célestes, de vagues ondulantes et de couleurs changeantes.


De retour à Dawson, nous aurons encore le temps de finir le programme de notre séjour.


« Simple campement amérindien devenu en quelques mois une véritable ville champignon lors de la ruée vers l’or, Dawson City mérite une journée d’exploration. Visite du Musée de la Ville, de la réplique de la cabane de Jack London ainsi que du célèbre saloon et casino Diamond Tooth Gertie. Recherche de pépites d’or dans l’une des concessions conservées aux alentours de la ville. Soirée animée, version année 1900, au Palace Grand Théâtre. »

Cet extrait de notre guide touristique montre qu’il ne reste plus guère de trace des quarante-mille chercheurs d’or du Klondike dont quatre-mille purent trouver de l’or : il est vrai que leur afflux massif entre 1897 à 1899 fut suivi d’un reflux immédiat : lorsqu’ils furent informés du « Discovery Claim » de Nome, au nord-est du détroit de Béring, les « klondikers » plièrent bagage tellement cette nouvelle quête de l’or s’annonçait fabuleuse.


Page 517* : Ardikov n’eut pas besoin d’aller loin sur la plage déserte car dans sa deuxième gamelle, au crépuscule au milieu des chants de courlis, il tomba sur l’une des plus étranges découvertes de l’histoire des mines. Non seulement il vit « la couleur » mais il ne s’agissait pas de seulement de poudre : de vrais grains d’or, de belle grosseur. Refusant d’en croire ses yeux, il versa l’or dans une vieille cartouche et trempa de nouveau sa gamelle. De nouveau, il trouva « la couleur ». Saisi de folie ou presque, il courut en tous sens le long de la plage : une autre gamelle, un autre essai et toujours de l’or.


Bredouilles, n’ayant pas découvert la moindre pépite sur la concession de Dawson, il ne nous reste plus qu’à rejoindre l’aéroport, survoler Dawson, débarquer à Anchorage et retrouver l’Europe.

Nous allons quitter cette contrée au climat rude, à l’ensoleillement réduit de septembre à mars, aux températures extrêmes. Le courage des chercheurs d’or du Klondike n’en est que plus remarquable, et nous saluons leur obstination à réaliser leur rêve, « quoi qu’il en coûte » …


ANCHORAGE

Ce voyage imaginaire a été inspiré par James A. Michener qui a publié « ALASKA », unique source des citations* insérées dans ce reportage-photo.


A lire ou à relire
:
• « L’appel de la forêt » par Jack LONDON, 1903,
• « L’amour de la vie » par Jack LONDON, 8 nouvelles, 1914,
• « ALASKA » par James A. MICHENER*, 1988,
• « La ruée vers l’or » par Jack LONDON, 9 extraits relatifs à l’Alaska, 1996,
• « Le rêve écartelé » par Jean-Paul ALANDRY, 2004,
• « Le Klondike » par MORRIS & YANN-LETURGIE, Album Lucky Luke, 2005.
A voir ou à revoir :
• « La ruée vers l’or » par Charles CHAPLIN, 1925,
• « L’ours » par Jean-Jacques ANNAUD, 1988.

5 commentaires sur “En route pour une contrée de rêve !

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  1. Merci pour ce beau récit de voyage, les photos sont splendides et donnent vraiment envie d’y aller. Les paysages sont grandioses et sauf erreur le pays n’est pas encore envahi par le tourisme.

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  2. Magnifiques photos et récits  » glaçants  » d’hommes et de femmes prêts à tout pour fuir leur modeste condition de vie et dont bon nombre ne revinrent jamais.!

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  3. Ce double voyage avec un siècle d’écart montre combien le monde change. Remplacer les aventuriers aux allures de damnés de la terre par des touristes en visites collectives rapides et superficielles m’attriste. Oui au progrès à condition de ne pas transformer les femmes et les hommes en moutons dévirilisés à la culture kleenex. Merci pour cet article qui montre qu’avec le temps l’audace se volatilise.

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  4. J’ai aimé ce voyage virtuel. J’ai aimé ce contraste entre le noir et blanc des anciennes photos et la beauté éclatante des paysages actuels. Ainsi, on passe, au fil du récit, de l’enfer de la vie des Klondikers au paradis des paysages de ces terres encore préservées. On ne peut s’empêcher de penser combien les conditions de vie et de pauvreté devaient être terribles, pour que des hommes s’engagent dans une aventure aussi aléatoire. Merci Madeleine pour ce rapprochement entre deux mondes.

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  5. J’imaginais l’Alaska sous un immense manteau blanc, sillonné par des hommes debout sur leur traîneau tiré par des chiens. Votre reportage original me révèle une autre vision avec des paquebots touristiques, des maisons de bois pimpantes. Comme d’autres lecteurs, j’ai pu mesurer le lourd tribut des souffrances du passé qui ont permis la mise en valeur de ce territoire.

    Après l’Alaska de 1896 et la Chine de 1995, pourquoi ne pas nous faire rêver, un jour, de la Sibérie ou de l’Antarctique en l’an 2100 ?

    Aimé par 1 personne

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