Par Jean-Pierre Lévêque.
Cela va faire bientôt six années que ce voyage, dont j’avais fait en partie le récit, en racontant les émotions ressenties durant les cinq journées inoubliables de tempête à bord du Fram, entre l’Islande et le Svalbard, a été effectué.https://artsetvoyages.blog/2024/02/03/recit-tempete-jan-mayen/#more-6359. Récemment, je me suis replongé dans mes souvenirs de voyages et me suis alors posé la question de savoir quelle sorte de souvenirs je souhaitais évoquer. Des souvenirs de voyages, j’en ai de nombreux qui m’ont marqué, mais je me suis aperçu, en passant en revue une grande quantité de photos, qu’il manquait à ce récit arctique tempétueux une partie importante. Et surtout que ce périple avait laissé une empreinte très forte dans mon esprit.


Comme je l’écrivais à la fin du premier récit, la tempête s’était subitement calmée au moment où nous approchions des côtes du Spitsberg. A l’horizon une ligne de montagnes blanches de neige coupait en deux un tableau d’un bleu profond pour la mer et d’un bleu plus clair pour le ciel. Magique !
Devant nous, le Hornsund, fjord grandiose dans lequel nous sommes entrés, et tout au bout, le Brepollen, glacier impressionnant aux reflets bleus dans la masse blanche éblouissante. Et vu de près, magnifique ! Quelques petits bateaux polaires étaient partis explorer la côte, car une information avait été diffusée selon laquelle des ours auraient été aperçus. Il s’est avéré que les jumelles, ou les yeux du passager à l’origine de l’information étaient un peu fatigués, car il s’agissait en fait d’un troupeau de rennes, ce qui avait provoqué un certain nombre de moqueries. C’est là qu’ont commencé nos recherches de traces d’ours polaires. En tous cas, depuis le bateau, nous en avons vu un solitaire sur des restes de banquise. Sur la photo la petite tache blanche au milieu, c’est lui.

Impossible de s’approcher plus près, sans l’effaroucher et sans toucher le bord de la banquise. 28 km de long et 10 km de large à l’embouchure, ce n’est pas seulement le fjord le plus méridional du Spitsberg, mais c’est aussi l’un des plus beaux. Le Hornsund fait partie du Parc National du Sud-Spitzberg (Sør-Spitsbergen nasjonalpark). Lentement nous avons longé les côtes jusque dans la baie de Burgerbukta, au nord du Hornsund, et avons débarqué pour une escapade un peu difficile dans la neige, équipés de lourdes bottes encombrantes pour escalader la colline, mais qui nous ont permis d’admirer ce paysage majestueux.


Puis nous avons repris la mer du Groenland, de nuit, enfin façon de parler car il faisait jour depuis notre départ d’Islande. Au matin, nous sommes entrés dans le fjord de Bellsund où se trouve la station polonaise de recherche scientifique Calypsobyen que nous allions apercevoir de loin.

Néanmoins, nous avons débarqué pour repartir à la recherche de traces d’ours polaires, sous la surveillance de gardes armés, obligatoires au Svalbard, afin de prévenir d’une attaque de ces animaux fabuleux qui peuvent devenir dangereux, mais qu’ il est fort heureusement interdit de tuer, sauf en cas de danger. Retour sur le bateau, bredouilles nous sommes repartis pour débarquer à Bamsebu.



Ancienne petite station de chasseurs de baleines, Bamsebu se trouve au fond du Van Keulenfjord au sud de l’île d’Akseløya, et après notre passage, elle a été occupée pendant les neuf mois d’hiver par deux femmes travaillant sur le réchauffement climatique et ses conséquences dans l’Arctique. Quelques reportages ont été diffusés, je crois, sur Arte et France Télévision à leur sujet.
Sur la photo on aperçoit la cabane et notre équipe en train de débarquer, minuscules, dans ce paysage.


Nous avons suivi quelques traces d’ours sans jamais en apercevoir, heureusement d’ailleurs.
A nouveau navigation de « nuit » pour prendre vers le Nord, le détroit de Forlandet, …
… et débarquer sur l’île de Forland, toujours sous la surveillance de gardes armés (qui faisaient partie de l’équipe scientifique de l’expédition).


Ici, nous voyions un troupeau de morses que nous recherchions et que nous avons trouvés en train de dormir, serrés les uns contre les autres. Nous avons laissé une distance conséquente entre eux et nous pour ne pas les effrayer.


Sur cette grève, existent les restes d’une station météo, enfin, je crois, et d’innombrables déchets de bois flotté. Le paysage est grandiose de l’autre côté du détroit d’où nous avons admiré la côte du « Oscar II Land ».
Nous sommes repartis vers le Sud, puis vers l’Est en direction de Longyearbyen, capitale du Svalbard. Nous avons lentement longé la côte au milieu des plaques de banquise anormalement fracturées. Au loin un voilier amarré devant un glacier. Puis nous avons débarqué au port de Longyearbyen, après avoir suivi des falaises aux formes étonnantes, d’un noir profond, en pleine lumière, à minuit…


Sensation très étrange de préparer nos bagages à cette heure-ci (Minuit). Notre horloge biologique était très étonnée de la situation, mais bizarrement, pas de fatigue, pas d’envie de sommeil (du moins pour moi). Nous éprouvions une sorte de nostalgie à quitter à la fois le cocon du bateau, ainsi que les relations établies dans ce contexte inhabituel et le sentiment d’avoir vécu une aventure rare dans un décor tellement exceptionnel au milieu de passagers d’horizons et de cultures si différents vivant des émotions partagées. Puis installation dans le bus qui allait rejoindre le petit aéroport en longeant la mer par la route une dernière fois.

Longyearbyen est une toute petite ville aux maisons colorées disséminées autour du port dont l’activité est relativement importante.
L’avion est arrivé à l’heure prévue, décollage en direction d’Oslo. Encore des images fantastiques de l’archipel vu du ciel, mélange de blanc, de noir et de bleu, et des souvenirs engrangés inoubliables.

Et un rêve: repartir faire ce genre d’expédition, dans le but de faire le tour complet du Svalbard …
Photos Jean-Pierre Lévêque
Merci pour ce beau partage
Mona
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Définitivement amoureux du Grand Nord, Jean-Pierre, avec ses descriptions de paysages et ses tentatives de rencontre avec les ours polaires ne nous laissent pas indifférents. Le côté grandiose et immaculé de ces espaces infinis fait rêver, et on se prend presque à envier ces chercheuses venues passer quelques mois au milieu de nulle part.
Merci Jean-Pierre pour ce grand frisson.
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Une fois encore la beauté de la nature s’est manifestée. Belle expédition à bord d’un navire traditionnel dans ce lieu féérique que l’on doit protéger du surtourisme.
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Merci Jean-Pierre pour ce passionnant récit du grand nord qui offre des paysages à couper le souffle. J’ai connu le fait de n’avoir pas ou peu eu de nuits en Islande et en Norvège c’est assez déroutant.
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