Par Hugo Verlomme.
Lorsque j’arrivais dans les Landes, enfant, avant même de voir l’océan, la première émotion qui me saisissait était olfactive. Un parfum né d’une subtile alchimie entre la résine de pin et l’odeur poivrée des embruns, qui me faisait basculer dans un autre univers. Ces deux senteurs indissociables annoncent à elles seules les longues plages de sable et leurs vagues merveilleuses.

Quand on y regarde de plus près, il existe d’ailleurs une symbiose entre les marins et les pins. Ces derniers n’ont pas seulement servi à fixer des dunes ou à assécher des marais, ils ont également contribué à l’exploration océanographique. En effet, outre les qualités de cet arbre permettant de produire en nombre du bois et des planches propices à la construction navale, l’extraordinaire résine de pin servait depuis longtemps sous le nom de « poix » aux navigateurs Phéniciens ou Romains pour calfater leurs bateaux (boucher les interstices du bois afin de rendre la coque étanche). Ce lien étroit entre les pins et la navigation est déjà exprimé dans la Bible, lorsque Noé reçoit ses instructions divines : « Fais-toi un bateau avec des arbres résineux. Tu disposeras cette arche en compartiments, et tu l’enduiras de poix dedans et dehors. » Ce goudron végétal aux propriétés imperméabilisantes a joué un rôle stratégique dans le développement de la marine dès le XVIIème siècle.

Mais ces pins plantés sur le littoral pourraient également avoir joué dans les Landes, un rôle moins connu et plus insolite, si l’on en croit une légende urbaine des plages rapportée par l’historien des vagues et du surf Hervé Manificat. Vers 1869 dans le sud des Landes, de téméraires résiniers profitaient de la proximité de l’océan pour se baigner. Il arrivait que des troncs d’arbre flottent à la surface et les jeunes s’amusaient alors à les chevaucher parmi les vagues. Certains d’entre eux allèrent même jusqu’à fendre les troncs en deux avec un outil appelé le « coungate », de façon à améliorer la glisse et la stabilité de leur « planche ». Le surf n’existant pas encore en Europe, on appela ces téméraires bûcherons-surfeurs des « Coungatataous ». Si cette histoire est vraie, alors elle marquerait les débuts du surf dans la région grâce aux pins, si tant est que l’on puisse surfer sur un tronc d’arbre ! Mais cela n’est sans doute qu’une bonne blague pour épater les touristes et leur rappeler le passé forestier des Landes…

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Merci Hugo de nous montrer ce lien entre terre et mer. Comme quoi la vie sur terre est bien faite avec ces complémentarités. Sympa aussi la légende.
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En cette période estivale, je relis avec plaisir ces lignes pleines de nostalgie et de poésie. Il y a beaucoup de vrai dans le lien entre les impressions olfactives et les souvenirs que nous gardons d’un lieu. Merci, Hugo, pour cet article à la fois informatif et original. A le lire on se croit déjà au bord de l’Atlantique!
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