La Norvège: de Bergen à Tromse

Par Nicole Imbert-Degrave.

Mercredi 20 septembre 2023. Aéroport Roissy Charles de Gaulle. Valise enregistrée. Passage au contrôle effectué, nous voici devant un café en attendant notre vol pour Bergen. 9 h 30 embarquement. 9 h 45 on décolle. Temps nuageux, visibilité nulle. 11 h 30 arrivée à Bergen sous la pluie. Ayant quitté Paris où le thermomètre s’obstinait à afficher des records de chaleur, nous avons un petit choc thermique car ici il y fait autour de 10°C. Notre guide nous informe qu’à Bergen, il pleut environ 322 jours par an, mais comme disent les Norvégiens, ce n’est pas le temps qui est mauvais, c’est nous qui n’avons pas les bons vêtements. A bon entendeur, salut ! Mais, peu importe, cela ne va pas nous décourager. Juste le temps de satisfaire à la traditionnelle réunion d’information relative aux mesures de sécurité et de sauvetage et nous pouvons enfin monter à bord du Richard With de la compagnie Hurtigruten qui dispose dans chaque port de son propre quai d’embarquement.

En effet, il faut connaître la place et le rôle importants que représente la Cie Hurtigruten en matière maritime en Norvège. Créée en 1893, à l’initiative de Richard With, elle avait pour vocation de desservir les différentes petites localités nichées au creux de certains fjords de la façade ouest de la Norvège. A cette époque, il n’y avait pas de réseau routier pour relier les villages entre eux. Le temps passant, la modernité … et le pétrole arrivant, les Norvégiens ont construit des routes, mais surtout creusé des tunnels à travers les montagnes. En ce qui nous concerne, nous venons d’embarquer sur le MS Richard With qui fut le premier bateau à vapeur à relier Trondheim à Hammerfest, puis très vite Bergen à Kirkenes en seulement 7 jours. Cette première liaison fut appelée Hurtigruten, qui en norvégien signifie « liaisons rapides ». Par la suite, la Société a élargi son périmètre en proposant des croisières allant de la Norvège au Spitzberg, en Islande, au Groenland et même en Antarctique. La Cie Hurtigruten exploite actuellement plus de 200 destinations sur 30 pays différents.  Nous sommes donc à bord d’un express côtier, sorte de bateau-ferry qui fait des escales plus ou moins longues dans différents ports pour charger ou descendre des passagers, touristes ou non, avec éventuellement leurs véhicules. La sirène retentit, la passerelle est relevée, ça y est, nous partons  pour une croisière de douze jours allant de Bergen à Kirkenes.

Première nuit à bord. Tout est calme. Nous nous réveillons sans avoir vraiment réalisé que pendant la nuit, notre bateau a déjà effectué trois escales, respectivement à Floro, Måløy et Torvik pour finalement arriver à 9 h 45 à  Ålesund. L’heure du brunch approche, et il nous faut nous préparer pour un départ à 12 h. Un bus nous attend pour une virée découverte de la Norvège et plus particulièrement du Hjørundfjord long de plus de 17 km. Le temps est un peu couvert, mais la bonne humeur est bien là. Notre chauffeur est un sympathique Norvégien accompagné d’une toute aussi sympathique guide, et le temps commence à se dégager ! Mais avant d’aller plus loin, une petite explication. En effet, qu’est-ce qu’un fjord ? Fjord est un mot norvégien masculin dont la traduction en français serait « ancienne vallée glaciaire envahie par la mer ». Plus précisément il s’agit « d’une échancrure en forme de morsure, souvent ramifiée et bordée de falaises élevées résultant de l’envahissement récent d’une auge glaciaire ». L’histoire de la côte ouest de la Norvège est en fait une histoire d’eau et de glaciers. Les 1 000 fjords qui ourlent une grande partie du littoral se sont formés lorsque les glaciers se sont retirés et que l’eau de mer a inondé les vallées. Mais, mieux qu’un long texte fastidieux, je vous propose de découvrir en quelques photos la majesté de ce paysage que les Norvégiens savent garder le plus authentique possible grâce à une politique de vigilance écologique rigoureuse.

Retour à 16 h au bateau pour ensuite un nouveau départ direction Ålesund, connue pour être une ville « Art Nouveau ». C’est en janvier 1904 qu’un incendie dont les flammes étaient attisées par le vent de la mer détruisit presque toute la ville. Il faut en effet savoir qu’à l’époque la quasi-totalité des maisons en Norvège étaient construites en bois. C’est ainsi que 800 habitations furent détruites, laissant plus de 10 000 personnes sans abri. Plusieurs pays, dont la France, apportèrent leurs aides, mais c’est Guillaume II, empereur d’Allemagne qui envoya artisans et architectes pour reconstruire la ville en pierres et en briques dans le style alors à la mode, c’est-à-dire Art Nouveau, mais je vous laisse découvrir quelques clichés qui illustrent mon propos :

Et un superbe coucher de soleil accompagne notre départ d’Ålesund.

Nous voici de nouveau à bord avec maintenant comme destination Trondheim où nous devons arriver demain à 9 h 45 après bien sûr plusieurs escales minutes. Arrivée sous la pluie. Nous décidons de prendre un taxi pour nous rendre à la cathédrale de Nidaros. Assurément, même sous la pluie, le spectacle est saisissant. La cathédrale de style gothique est érigée au milieu d’une place, elle est impressionnante par sa taille (100 m de long et 50 m de large), sa façade comportant 59 grandes statues, et sa hauteur. Nous nous sentons bien petits devant cette masse. La façade ouest pourrait faire penser qu’il s’agit d’une construction plutôt cubique, mais dès que nous en faisons le tour, nous réalisons combien cette architecture est riche en aménagements divers.

Façade ouest
Arrière de la cathédrale de Nidaros

Mais, un peu d’histoire : elle fut construite en 1070 sur le tombeau de saint Olav (roi de Norvège). Ce dernier roi Viking découvrit le christianisme lors d’un voyage en Europe et se fit baptiser en 1014 à Rouen. Mais Olav avait des ennemis et en 1030, il fut tué lors de la bataille de Stiklestad. Sa dépouille en tant que martyr est ramenée à Nidaros pour y être enterrée et plusieurs miracles se produisent autour de sa sépulture. Son corps est donc exhumé et il est canonisé en 1031. Commence alors en 1070 la construction de la cathédrale qui s’achèvera en 1300. Au fil des siècles, plusieurs incendies vont la ravager et ce sera au début du XIXème siècle que sa reconstruction et sa restauration seront envisagées. Le temps presse, car le couronnement du roi Haakon VII doit avoir lieu le 22 juin 1906. La nef sera presque terminée pour la cérémonie, mais c’est en 1930 pour le 900ème anniversaire de la mort d’Olav que la cathédrale apparaîtra dans toute sa splendeur.

Nous pénétrons dans la cathédrale, et sommes saisis par la majesté de l’édifice. Ici, pas ou peu de dorures, une grande sobriété des lignes, avec un enchevêtrement de colonnes et d’arcades de couleur sombre, éclairées par une immense rosace. Après avoir été écrasés à l’extérieur par la grandeur, brusquement à l’intérieur, nous nous sentons dans ce lieu comme aspirés vers le haut.

Trois pièces y sont particulièrement remarquables : le crucifix en argent sur l’autel (cadeau des Norvégiens émigrés), les bas-reliefs de l’autel représentant la naissance et la passion du Christ et enfin une œuvre incluse dans le sol où sont représentées les forces du Mal afin qu’on les piétine aussi bien au sens propre qu’au figuré.

Mais la cathédrale de Nidaros a bien d’autres particularités. Ainsi, elle détient deux orgues : un orgue baroque datant de 1739 comportant 1809 tuyaux démonté et replacé en 1995 dans le transept nord. Ce dernier fut remplacé par l’orgue Steinmeyer construit en Bavière. Il fait partie des plus grandes orgues d’Europe avec 9 620 tuyaux ! Sa construction, son acheminement et son installation demandèrent plus de deux ans. Enfin, on ne peut pas quitter Nidaros sans parler de l’octogone qui nous ramène encore à saint Olav. C’est en effet pour installer la châsse contenant le corps du saint que fut édifiée une extrémité du chœur à huit côtés. Lors de la Réforme, la châsse, qui avait été déplacée, fut néanmoins pillée de son or et de ses pierres. Trente ans plus tard, le cercueil contenant le corps de saint Olav revient à Nidaros et est enterré dans le plus grand secret dans la cathédrale, ce qui fait qu’aujourd’hui, personne ne sait exactement où se trouve la dépouille de saint Olav. Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette cathédrale qui aujourd’hui reste, comme au Moyen Âge un lieu de pèlerinage populaire, mais aussi une église vivante ouverte aux services protestants et enfin l’église de représentation nationale car c’est là que sont consacrés tous les rois de Norvège.

Retour à bord et maintenant destination Bode, mais avant d’arriver à notre nouveau port, nous allons franchir le cercle polaire. Question : qu’est-ce que le cercle polaire ? En fait, il s’agit d’une ligne imaginaire qui entoure le globe à 66°33’ de latitude Nord, ce qui correspond théoriquement à la limite extrême où lors du solstice d’été le soleil brille pendant 24 heures. En ce qui nous concerne, ce fut le samedi à 7 h 58 min 35 s que nous sommes passés devant l’île de Wikingen où se trouve un magnifique globe terrestre légèrement incliné symbolisant cette « frontière ».

A cet instant, nous sommes censés rejoindre la communauté la plus septentrionale des civilisations, ce qui n’est pas tout à fait exact puisque finalement il semble que ce soit à Longyearbyen, située sur l’île de Spitzberg que se trouve la population la plus septentrionale (environ 2 000 habitants). Petite anecdote: savez-vous que dans cette ville il est interdit de mourir ? En effet, le sol est en permanence gelé, ce qui empêche la décomposition des corps. Ce phénomène a été constaté par des chercheurs en 98 lorsqu’ils se sont aperçus que les personnes mortes de la grippe espagnole 80 ans plus tôt étaient toujours porteuses du virus ! Mais, parlons plutôt de choses plus gaies, car, comme pour le passage de l’Equateur, il existe une cérémonie pour le passage du cercle polaire qui consiste à verser sur la tête et dans le cou des impétrants une louche de glaçons, le tout sous le regard bienveillant et vigilant du commandant. Heureusement, un verre d’alcool réconforte les candidats au baptême !

L’ambiance sur le bateau est au beau fixe et après un rapide passage à Bode (ville assez austère) nous assistons à un magnifique coucher de soleil et compte tenu de la météo, espérons bien voir des aurores boréales. Mais au fait, qu’appelle-t-on une aurore boréale ? De façon assez simpliste, nous dirons qu’il s’agit du moment où les particules provenant du soleil et chargées en électricité rencontrent l’atmosphère terrestre. Alors, dans le ciel étoilé, on assiste à une sorte de valse lumineuse principalement verte. Il est très difficile pour un non professionnel de photographier une aurore boréale, mais le moment reste magique, temps un peu suspendu pendant lequel on se sent minuscule et en même temps totalement connecté à notre belle planète.

Pour finir en beauté cette magnifique journée, le commandant de bord nous a offert une navigation nocturne à l’intérieur d’un fjord où avec un puissant éclairage venant du bateau nous avons pu apprécier la masse des montagnes bordant le fjord, mais aussi l’adresse de notre commandant pour faire avancer le bateau dans de telles conditions.

C’est sur ce spectacle impressionnant que nous regagnons nos cabines pendant que le MS Richard With s’achemine doucement vers Tromse…

Photos : Alain Lavelle, Nicole Degrave et internet

10 commentaires sur “La Norvège: de Bergen à Tromse

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  1. A la lecture de ton récit de voyage, je me suis retrouvée en Norvège que j’ai visité en 2011 notamment à Bergen et Alesund. J’ai découvert Trondheim et sa superbe cathédrale alors j’ai hâte de lire la suite du voyage car je ne connais pas cette partie du pays. Merci Nicole.

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  2. Bonjour Nicole,
    difficile de laisser un commentaire puisque je ne découvre pas le voyage……Mais une trace écrite ajoute aux souvenirs agréables , pour ma part , de rencontres improbables et néanmoins très sympathiques. Jean-Pierre.

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  3. Merci beaucoup, Nicole, pour ce captivant récit de voyage. Même le lecteur qui ignore tout ou presque de la Norvège n’a aucune difficulté à imaginer les paysages remarquables que vous avez eu la chance d’admirer et l’atmosphère particulière à un pays nordique. Beau journal de bord! Bravo également à Alain et à toi pour les magnifiques clichés de votre périple.

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  4. Un pays si loin, si froid, si inhospitalier mais si beau pour ses fjords ! Surgit soudain une majestueuse cathédrale « gothique » mais elle aussi est vide : où sont donc les Norvégiens ?

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  5. Danielle, ta remarque n’est pas fausse, car effectivement, dans la première partie de notre voyage, nous avons été surpris par le peu de monde dans les rues. Concernant la cathédrale, elle était surtout peuplée de quelques touristes lors de notre passage, mais les deux ou trois villes visitées lors de nos escales étaient peu animées. Il semblerait que comme dans beaucoup de pays du Nord, les habitants vivent surtout chez eux et se reçoivent entre eux.

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  6. Paysages remarquables de cette nature norvégienne préservée, je suis allée au Cap Nord il y a fort longtemps et j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ton récit instructif qui m’ a remémoré quelques beaux souvenirs. Merci Nicole

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