Par Alain Lavelle.
Début juin Gérard et Marie-Claude ont invité une dizaine de membres d’Arts et Voyages dans leur jolie propriété des Côtes d’Armor. Cette belle région de France, à l’extrême Ouest de notre pays est connue pour sa magnifique côte sauvage, ses vallons, ses sites emblématiques et ses traditions ancestrales. Quelles que soient la météo et la saison, aucun passant ne peut résister à son charme. Nos amis, amoureux de leur département, nous ont organisé balades et découvertes. Un temps agréable nous a accompagnés dans nos randonnées. Un emplacement archéologique a retenu particulièrement notre attention. Etonnant par sa forme, ses dimensions et ses origines, il surplombe de sa masse le coteau au sommet duquel il a été construit. De ce lieu proche de Morlaix on aperçoit l’océan et une jolie baie où mouillent quelques bateaux. Il s’agit du Grand Cairn de Barnenez, mausolée néolithique.

Le cairn est « une pyramide de pierres élevée par des hommes comme point de repère ou marque de leur passage ». Véritable « Parthénon de la préhistoire », composé de deux monuments d’âges différents accolés, ils auraient été bâtis dans la fourchette 4 950 / 4 250 ans avant notre ère, soit plus de 2 000 ans avant les premières pyramides d’Egypte. Sa découverte est tardive (1955). Ce monumental massif de pierrailles abritant onze dolmens (construction mégalithique faite de pierres brutes agencées en forme de table gigantesque) a été exhumé tardivement. Les fouilles se sont poursuivies jusqu’en 1968. Il a échappé de peu à sa totale disparition. En effet l’entreprise chargée de tracer une route touristique avait utilisé, avec l’accord du propriétaire, ses pierres comme matériau de soubassement. Très vite deux quotidiens finistériens se sont opposés au chantier. Grâce à l’appui de la Direction des Antiquités Préhistoriques et de l’Education Nationale la destruction fut arrêtée et l’entrepreneur condamné. Malheureusement une partie de l’édifice fut arasée ainsi qu’une grande chambre funéraire recouverte d’une énorme dalle.

En 1959 tout est à faire lorsqu’une équipe se présente devant le cairn éventré de Barnenez et ses 7 000 m3 de pierrailles. Au fil des campagnes archéologiques onze chambres funéraires circulaires dotées d’un couloir d’accès sont repérées et restaurées. Les fouilles font apparaître deux monuments d’âges différents.


Les lignes de moellons dans la masse des pierres structurent l’ensemble et permettent de stabiliser l’édifice. Les difficultés de restauration et de consolidation du chantier ont été nombreuses, notamment la réfection des parements déterrés (face extérieure d’un mur revêtue de pierres de taille). Plus de 4 000 tonnes de matériaux ont été manipulées et pour les rassembler on a estimé qu’il a fallu quatre ans de travail à une dizaine d’ouvriers. La technique de la maçonnerie sèche confortée par du mortier et de petites pierres de calage a été retenue.
Au Néolithique (5 800 à 2 500 avant notre ère) on passe d’une économie de chasse et de cueillette à une économie d’élevage et d’agriculture. On assiste à une sédentarisation des populations, à une domestication du cheptel et à l’apparition de l’âge du bronze. Ce nouveau mode de vie provenant de la Turquie et des Balkans va se propager en Europe centrale, à la côte méditerranéenne et atteindre par le biais des migrations les provinces de France et la Bretagne. Les éleveurs-agriculteurs néolithiques vont provoquer un processus d’acculturation modifiant l’aspect des plaines littorales et des collines de l’intérieur. Cette évolution va se traduire par l’édification des premiers monuments.
Au début d’une dimension modeste, puis progressivement ils vont s’imposer avec à l’intérieur du mobilier, des parures, des outils et des armes (hache, lames en silex, armatures de flèches…) Autre changement notable : les tombes. De caveaux inaccessibles réservés aux dirigeants on passe à une tombe collective abritant une partie de la communauté, avec une galerie pour les visiter. Les dolmens à couloirs étaient le lieu de pratiques funéraires complexes. Barnenez offre un bel ensemble de dalles décorées avec traits en chevelures, corniformes, haches, zig-zags, arcs et écussons.


Ainsi naît l’art néolithique. La baie de Morlaix, bassin fertile et abrité, a facilité l’installation de groupes humains prospères et structurés. Le cairn situé au sommet d’une crête se découpe, vu d’en contrebas, et se découvre dans sa masse. En débouchant sur le terrain à découvert on est saisi par ce bloc de pierres constituant le cairn primaire au plan trapézoïdal,long de 32 mètres et large de 13 mètres au nord-est contre 20 mètres au sud-ouest.

La profusion des pierres amoncelées, les énormes pierres à l’ouverture des galeries, les blocs couchés et la façade intégrant le cairn secondaire qui s’appuie sur le cairn primaire atteignent 60 mètres de longueur et s’imposent au regard du promeneur qui reste impressionné par le spectacle. Les chambres sont réalisées en pierres plates assemblées à sec. Elles constituent une structure voûtée dont les éléments disposés à plat mais en porte-à-faux assurent par leur masse l’assiette du bâtiment. Pas très grandes, d’un diamètre de 2,5 mètres, les chambres sont renforcées à la base par une couronne de petites dalles. Dans certaines d’entre elles des salles de granit plus larges forment les parois. La couverture en linteau des couloirs, qui se rétrécissent à mi-longueur, donne une impression de monumentalité. Les cryptes de surfaces variées et parfois spectaculaires contenaient des dépôts funéraires et des vases culturels.

Lorsque je m’éloigne du grand cairn de Barnenez, je ne peux m’empêcher de penser à ces hommes qui honoraient leurs anciens, bâtisseurs et guerriers, en leur dressant des mausolées grandioses au cœur d’une nature magnifique et prolifique qui leur permettait d’exister. Marqueurs d’une civilisation et d’un passé légendaires, ils ont fait du grand cairn un monument emblématique de la Bretagne. Sa présence et sa permanence prouvent une fois encore que ces hommes sont des pionniers qui considèrent qu’élever, en signe de reconnaissance, des tombeaux grandioses pour abriter la dépouille de leurs aînés est un devoir.
Promeneur et touriste, fais le détour par la presqu’île, tu ne le regretteras pas.
Photos : Annik MICHEL et internet
Pour aller plus loin :
- Le grand cairn de Barnenez aux Éditions du Patrimoine
La Bretagne fut l’aboutissement final des grandes migrations du néolithique, le bout du monde pour ces nomades arrêtés par l’Océan.
Ces sociétés s’y sont alors sédentarisées provoquant un besoin d’affirmation des identités locales.
Elles érigèrent ces monuments mégalithiques ostentatoires pour exprimer l’appropriation d’un territoire mais surtout pour symboliser un pouvoir politique et religieux.
Le travail collectif nécessaire à leur construction entraina une hierarchisation des tâches et une nouvelle organisation sociale.
On assista à la naissance d’une spiritualité liant pouvoir et sacré dans une approche mystique et le développement de nouveaux rites funéraires.
Merci,Alain, de nous avoir rappelé cette période essentielle de la Préhistoire.
J’aimeAimé par 2 personnes
Assurément, ce fut une belle et étrange découverte. Lorsqu’on arrive au sommet de cette colline pelée, cet amas de cailloux interroge. Pourquoi, des hommes se sont ils donnés la peine de transporter ces tonnes de pierres? Comme devant les peintures de Lascaux, on cherche des réponses. Pourquoi ici et pourquoi faire ? Merci Alain de nous avoir donné quelques clefs pour comprendre un peu mieux le message qu’ont voulu laisser ces lointains ancêtres, message qui semble-t-il est principalement un témoignage du respect qu’ils avaient pour leurs aînés en leur offant des tombeaux incroyables.
J’aimeAimé par 1 personne
Merci, Alain, pour cet article très intéressant et informatif. Le monument néolitique du Grand cairn est en effet surprenant et saisissant pour le visiteur. Ses dimensions témoignent de l’immense énergie déployée par les hommes de l’époque pour honorer leurs ancêtres et leur laisser un témoignage durable du respect qu’ils leur vouaient. A notre tour, nous ne pouvons qu’éprouver un grand respect envers ces bâtisseurs courageux qui ont su mettre en oeuvre tous les moyens à leur disposition pour réaliser leur dessein, sans égard à l’incommensurable épreuve physique que constituait une telle construction. Leur détermination et leur ténacité inspirent notre admiration et nous incitent à l’humilité devant cette prouesse technique maîtrisée sans machines modernes.
J’aimeAimé par 1 personne
J’ai découvert ce grand Cairn dont je ne connaissais ni l’existence ni l’histoire, merci Alain d’avoir enrichi ma culture bretonne et pourtant c’est une région que je connais bien comme quoi il me reste encore des lieux à explorer!
J’aimeAimé par 2 personnes
Très intéressant.
J’aimeAimé par 2 personnes