de Jean-Pierre Lévêque.
L’île de Sein, là-bas, au loin
Dans l’azur incertain
De Bretagne,
Paraît être un mirage, reliée au rivage
Par la Chaussée,
Près de la baie des Trépassés.
Et Ouessant, là-bas, au Ponant,
Dans le gris triomphant,
Qui témoigne,
Réalité sauvage, de mauvais naufrages,
Et de marins déchaussés,
Et trépassés.


Et moi, au bout de la pointe du Van,
Qui me prends à songer, épouvanté,
La tête pleine de l’haleine du Vent,
Jaugeant de l’Océan l’Immensité,
Que je suis un de ces quelques Celtes,
Armé du glaive, équipé du pelte
Volé sur le corps d’un Thrace oriental,
Mesurant du haut de sa taille svelte
Comment étancher sa soif abyssale,
Evaluant, à l’aune de cet instrument
Que pour les tonneaux, on appelle la velte,
Sa potomanie de vin et de sang.
Alors, que reste-t-il de Brocéliande
Détruite au fil du temps par la cognée ?
Alors, qu’est devenue l’âme de la lande
Enfouie sous les lotissements, alignée ?
Pour que les fiers Bretons ne sachent plus
Que regarder la mer au lieu de la rêver
Comme on rêve, en regardant le reflux
Qui peut-être, un jour, fera renaître Ys !


N’est–ce–pas, Gradlon, père de Dahud, ,
Roi d’une cité en mal de catharsis!
Et toi, Arthur, que font tes chevaliers
En quête de la Chimère du Graal perdu ?
Ils errent sur les grèves de Saint-Guénolé
Ou d’ailleurs, Lancelot par Guenièvre attendu,
Comme tout un peuple attend qu’un Merlin
L’enchante, tire enfin ses mythes de l’oubli
Que des générations de chapelains
Façonnèrent à confesse, et à complies
Et chaque jour les pierres levées me hantent,
Qui parlent de peuples rêveurs et décimés
Par ceux que l’ivresse et la mort enfantent,
Et dans la rumeur du vent, exhumés.
Depuis toujours des cathédrales de pierre,
Dans le ciel comme des phares, érigées,
Des hommes ont balisé la destinée guerrière,
Et sous leurs coups ont été saccagées.
Symboles, à terre, d’élévation de l’âme.
Symboles, debout, de la victoire du mal,
De Stonehenge aux tours de Manhattan,
De Saint-Paul au trésor du Taj-Mahal,
Un jour redeviendront poussière d’étoiles,
D’un autre Big Bang brûleront dans les flammes.


Tout ça pour rien : Il l’avait bien senti
Celui dont les mains, pleines de sang, rougies,
Contemplait la mer à la pointe du Van,
La tête ivre du souffle du vent.
Il l’avait tant perçue, l’insignifiance,
“ Que tu es dérisoire, Ô la Vie ”
Qu’Il en dressa des pierres dans sa prescience
Pour laisser une trace ; qu’Il assouvit
Le désir de détruire un Autre Lui,
De l’envoyer épier de l’Autre Monde,
Pour toujours, Grandi, Immortel, la nuit
Qui nous entoure, et demander des comptes.
Et moi au bout de la pointe du Van,
Le fou vent d ’ouest fouettant le visage,
Je me demande qui je suis devant
La sauvagerie de ce paysage,
Pris de vertige à contempler la mer
Du haut de ces rochers de noir granite,
Et l’abîme bleu du temps qui se perd
Dans le cosmos infini — sans limite.
Sur l’île de Sein des étoiles s’allument,
Qui sont dans le sang
Du jour finissant,
Des âmes marines le reflet posthume.

La nuit déjà est tombée sur Ouessant,
L’océan gris lui servant de linceul,
Et moi, laissant là mes pensées, seul,
Je tourne le dos à la pointe du Van.

Les amoureux de la poésie, de la Bretagne et des légendes celtes doivent se précipiter sur ce texte lumineux et profond.
J’aimeAimé par 2 personnes
Merveilleux voyage plein de nostalgie à travers la Bretagne et tous ses mystères. A lire ce texte, on souhaite que Brocéliande renaisse, que Lancelot retrouve Guenièvre et que revienne le temps des Chevaliers de la Table Ronde. Merci Jean-Pierre de nous avoir, l’espace d’un poème, transportés dans un monde de légendes et de tempêtes au terme duquel, on ne peut que se poser la question « Et moi, qui suis-je ? »
J’aimeAimé par 1 personne
Quelle merveille de lire ce beau poème !
Merci Jean Pierre de nous faire partager la beauté de notre riche et secrète Bretagne.
Cette île ou ce « caillou »du bout du monde est fascinante par sa forme et magique où l’on s’y prend à rêver Après une traversée dans le tourbillon de son raz on est soulagé de ne pas voir sa fin!!!
Pour la bretonne d’adoption que je suis je me suis plue à déambuler dans ses étroites ruelles ventées et à fleur de mer….. Respect, bravo !
MC
J’aimeAimé par 2 personnes
Merci Jean Pierre et bienvenue dans cette belle Association
J’aimeAimé par 2 personnes
Un superbe poème qui nous entraine sur ces terres de légendes et de rêves, refuges de fantômes, de tempêtes et de forêts pleines de mystères.
Un fabuleux voyage sur ces landes ventées et sauvages où l’on respire comme un parfum de sortilège.
J’aimeAimé par 2 personnes
Bienvenue Jean-Pierre dans notre Association. Merci pour cette ode à la belle Bretagne à travers ce superbe poème. Je me suis retrouvée à la Pointe du Raz où j’ai aimé me promener et rêver aux légendes celtes.
J’aimeAimé par 2 personnes
Quel merveilleux poème! Félicitations, Jean-Pierre, d’avoir su nous transporter dans un monde mythique et légendaire, de nous avoir fait en quelque sorte remonter le temps et plonger dans un autre univers, irréel, fascinant, vaguement inquiétant, mais presque magique. La lecture de ces vers est un véritable plaisir. C’est comme une bouffée d’air frais après un séjour dans un endroit sentant le renfermé. C’est implicitement une invitation à se rendre sur place pour bien apprécier la Bretagne et ses charmes. Une apologie de cette contrée au passé infiniment riche qui ne peut laisser personne indifférent. Bravo pour cette prouesse poétique!
J’aimeAimé par 1 personne
Comment en quelques lignes, tout a été dit
J’aimeAimé par 1 personne
Quel magnifique poème ! Un hymne à la beauté sauvage de cette Bretagne tant aimée, à ses légendes et ses mystères.
Nous avons eu le privilège et la joie de découvrir l’Ile de Sein grâce à nos amis bretons Gérard et Marie-Claude. Après les remous du raz de Sein, nous apercevons cette petite île lointaine qui semble surgir et flotter au milieu de cette immensité bleue ! Splendide !
Et quelle émotion ! Merci.
Ray et André
J’aimeAimé par 2 personnes